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Ballet de l’Opéra de Lyon/Lyon Opera Ballet Works by Mathilde Monnier, Russel Maliphant, William Forsythe Par Anne-Marie 4 octobre 2003 - Maison des Arts de Créteil/Paris La soirée s'ouvre sur
la création de Mathilde Monnier, "Slide". La scène
est dans l'obscurité, au centre un grand carré blanc. Un
duo ouvre le spectacle. Les danseurs sont de blanc vêtus (pantalon
et chemise), ils portent une perruque blanche (l'une de cheveux courts,
l'autre de cheveux longs). Une fois de plus, Mathilde Monnier a travaillé
sur la destructuration des mouvements, des corps qui se cherchent, s'évitent,
se fuient, se trouvent enfin pour s'entremêler dans un espace qui
les emprisonnent. Puis le tableau s'élargit, d'autres danseurs
arrivent. Ils sont seuls, puis se fondent en couple, avant de former un
groupe qui tantôt rampent, glissent, escaladent à l'horizontal
comme le ferait un grimpeur sur un mur qu'il tenterait d'escalader. Par
moment, les jeux du groupe mêlés aux éclairages sont
très beaux. On jouent ici sur la lumière et l'obscurité,
le blanc et le noir. Et puis, des touches de couleurs apparaissent, elles
viennent du sol où sont projetées des images vidéo
(vidéo du comparse Karim Zeriahen, qui signait les images de 8
minutes). Ces images représentent elles aussi des personnes qui
courent, qui grimpent... parfois les images sont en accéléré,
parfois au ralenti. Au début, les danseurs dans leur ballet de
"glisse" ou d'"escalade à l'horizontale" (je
préfère cette image puisque c'est ce que cela m'a inspirée
de prime abord) les ignorent, puis ils vont venir danser avec ces silhouettes,
ces personnes, jusqu'à se fondre avec elles, à fusionner
avec elles, jusqu'à danser avec elles. C'est très beau !
L'effet est esthétiquement très réussi. Ce travail
du danseur et de l'image vidéo rappelle là encore la chorégraphie
8 minutes où Mathilde Monnier danse avec l'image. Et puis la musique
« comme le fil sur le rasoir » de eRikm, électrique,
cinglante, « comme la corde raide sur l'arrête de la montagne
», me fascine. Et puis, l'espace se destructure lui aussi. Tiens,
les danseurs, ont perdu leurs perruques. Mathilde Monnier fait éclater
le sol en plusieurs carrés blancs, comme un puzzle qui explose
en autant de scènes personnelles, intimistes, pour les danseurs.
Là encore, ce n'est pas sans rappeler "Allitérations"
(sa collaboration avec le philosophe Jean-Luc Nancy) qui m'avait fascinée
la saison passé à Beaubourg notamment du fait de ce travail
sur des espaces scéniques réduits et multiples dans leur
forme d'expression. Bref, lorsque le puzzle est défait, que chaque
danseur en occupe une partie dans une danse minimaliste, je suis conquise
!!! Superbe !!!! La chorégraphie qui suit : "Duo" de Forsythe. Sur scène, les deux danseuses en body noir transparent laissant entrevoir le haut de leur corps, dégagent d'emblée une grande sensualité. Là, la chorégraphie est beaucoup plus classique dans les pas. Puissante, maîtrisée, sensuelle, cette chorégraphie est époustouflante tellement elle exige de rigueur, de technicité et de "ponctualité" dans le mouvement de la part des danseuses. On entend parfois entre les mouvements leurs respirations qui se répondent comme un écho à leur effort. Mais les deux danseuses, Iratxe Ansa Santesteban et Ksenta Kastalskaia, sont superbes ! Et quelle maîtrise dans cette danse interprétée en grands orfèvres ! Applaudissements nourris et mérités pour ces deux danseuses ! Après l'entracte, "Critical Mass" de Russell Maliphant. Sur scène, deux danseurs cette fois. Ils sont vêtus d'un pantalon et d'une chemise bleu nuit. L'espace scénique est limité par les éclairages. On pourrait croire qu'ils sont comme sur un ring de boxe ou emprisonné par je ne sais quoi. D'ailleurs, ils ont l'air de s'affronter dans un espèce de corps à corps qui dure, qui dure... et qui me semble interminable dans la répétition des mêmes mouvements et même pas jusqu'à l'épuisement tant les danseurs, magnifiques, tout en puissance, répètent sans se lasser, ces mouvements comme de très belles machines réglées, comme du papier à musique. Et puis, tout à coup, le rythme s'accélère orchestré par la musique, très forte, lancinante mais beaucoup plus rapide. Et là, le corps à corps se poursuit, très beau. Je me dis que Maliphant devait bien aimer les hommes pour les rendre si beaux dans ces mouvements à la fois très physiques et empreints de douceur en même temps. A un moment donné, je ne sais pas comment le danseur a réussi ça, mais il était allongé par terre, sur le ventre, et il a fait un saut sans s'aider de ses mains, c'était tout simplement incroyable, ça m'a laissé stupéfaite : comment sauter en l'air comme ça sans les mains ! Et puis, tout à coup, changement de musique. Un cha-cha se fait entendre, complètement anachronique avec la chorégraphie très contemporaine. C'est surprenant ; cela me fait sourire ; c'est marrant. Et puis l'on revient aux rythmes initiaux, aux mouvement du début, et la boucle est bouclée ; une boucle que j'ai ressentie comme pétrie de désir, de difficulté à être, qui s'est exprimée par une chorégraphie puissante, presque brute et d'une grande douceur à la fois... très chouette ! Bravo aux danseurs : Davy Brun et Jérémie Perroud, très beaux ! La soirée s'est achevée à regrets, j'aurai aimé que cela continue encore, et encore... Un grand bonheur pour moi d'avoir découvert toutes ces chorégraphies et un grand ballet : celui de l'opéra de Lyon. Bravo à ses danseurs, tous excellentsvraiment, qui m'ont donnée beaucoup de plaisir à les regarder danser ! J'ai trouvé cette soirée particulièrement intéressante car elle a permis en trois chorégraphies complètement différentes, de voir la diversité d'expression, d'inspiration, la richesse de ces chorégraphes qui savent nous émouvoir, nous émerveiller !
Edited by Catherine Schemm Please join the discussion in our forum. |
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