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l'Opéra de Paris
Giselle de Mats Ek

Palais Garnier, Paris, France
30 octobre et 1 novembre, 2001

par Catherine Schemm


Exceptionnelles Giselle !


Distribution du 30 octobre 2001 :

Céline Talon (Giselle), Kader Belarbi (Albrecht), José Martinez (Hilarion), Agnès Letestu (Bathilde/Myrtha), Marie-Agnès Gillot (Un esprit malade), Stéphane Phavorin (Ami principal), Jean-Christophe Guerri (Suite de Bathilde) Alessio Carbone, Nicolas Paul (Pas de deux des paysans), Nolwenn Daniel, Laure Muret, Béatrice Martel, Stéphanie Romberg, Géraldine Wiart, Mirentchu Battut (Esprits malades), Ghislaine Reichert, Bruno Lehaut et Cyril Fleury (Paysans).

Distribution du 1er novembre 2001 :

Aurélie Dupont (Giselle), Manuel Legris (Albrecht), Wilfried Romoli (Hilarion), Marie-Agnès Gillot (Bathilde et un esprit malade), Agnès Letestu (Myrtha), Vincent Cordier (Ami principal), Jean-Christophe Guerri (la suite de Bathilde), Alessio Carbone, Nicolas Paul (Paysans), Nolwenn Daniel, Laure Muret, Géraldine Wiart, Stéphanie Romberg, Béatrice Martel, Mirentchu Battut, Ghislaine Reichert, Bruno Lehaut, et Cyril Fleury (Paysans)


C'est avec le même plaisir que nous retrouvons la Giselle de Mats Ek créée en 1982 pour Ana Laguna et le Cullberg Ballet et entrée au répertoire de l'Opéra en 1993. Ce ballet n'a en effet rien perdu de sa force, la relecture de Giselle est fidèle à l'original mais riche en inventions. Remonté avec soin par Ana Laguna et Mats Ek, rarement le ballet n'a semblé interprété par les danseurs de l'Opéra, avec autant de vigueur et d'engagement, sur la musique magnifiquement interprétée de l'enregistrement de l'œuvre par Richard Bonynge.

Le décor du premier acte laisse apercevoir au premier abord un paysage de dunes, et quand on regarde mieux, une femme nue couchée. Le second acte est une salle d'hôpital où sont représentés différentes parties du visage ou du corps, oreille, doigt, oeil... Ici point de Bavière et de vendanges, mais une île tropicale, au premier acte, où l'on pousse des oeufs, aussi gros que soi et au second acte, point de forêt hantée par des Willis, mais un asile psychiatrique habité par des "folles", tel est le décor souhaité par Mats Ek. Celui-ci suit l'argument du ballet classique mais Hilarion, amoureux de Giselle, ne meurt pas. Deux mondes s'opposent de manière plus flagrante dans le ballet.

La chorégraphie est étudiée en fonction de chaque groupe d'interprètes, plutôt grotesque pour les paysans, aérienne pour la suite de Bathilde avec leur arrivée en grands jetés, ancré dans le sol pour les esprits malades qui sont en blouses blanches. On voit que Giselle n'appartient ni au monde des paysans, ni à celui de la ville, elle est vêtue de rose, le béret enfoncé sur la tête, alors que tous les paysans sont en noirs, Mats Ek a réglé pour son personnage une chorégraphie mixée entre paysans et la suite de Bathilde, tout comme Hilarion, Albrecht appartient au monde de la ville, donc a cette chorégraphie basée sur les sauts. Hilarion n'est point le "traître" de l'histoire, mais le héros malheureux, Giselle n'est pas une naïve jeune fille mais une fille simple d'esprit et libre sauf quand Hilarion l'attache par désespoir amoureux. Albrecht reste le jeune homme insouciant et inconséquent et Bathilde, sa luxueuse fiancée . Au deuxième acte elle se transforme en Myrtha, l'infirmière chef de l'asile psychiatrique où est internée Giselle.

Les interprètes de cette reprise se sont totalement investis dans la chorégraphie et ils dansent cette oeuvre avec naturel et force. Giselle est interprétée pour cette reprise par Céline Talon et Aurélie Dupont, en alternance.

Céline Talon, choisie par Mats Ek dès la création (où elle incarnait un esprit malade), avait le redoutable honneur de danser la première. Elle avait déjà abordé le rôle principal lors de la dernière reprise. Céline n'est que sujet à l'Opéra de Paris, mais c'est une véritable artiste contemporaine. De par sa silhouette, elle n'est pas sans évoquer Ana Laguna, créatrice du rôle. Sa Giselle est plus fragile et sensible que demeurée, pourtant sa danse est forte. Elle est sublime au deuxième acte. Elle a totalement assimilé le style de Mats Ek, mais manque un peu de présence dans l'acte II où l'on remarque beaucoup plus Marie-Agnès Gillot en esprit malade et son jeu est toute en retenue.

Aurélie Dupont interprétait le rôle de Giselle et a marqué fortement de sa personnalité le personnage. Aurélie est la joyeuse "demeurée" extravertie du village et semble beaucoup plus "forte" de caractère que Céline. Tout dans sa danse respire le bonheur d'être ce qu'elle est, une jeune fille à part. Sourire aux lèvres, elle est merveilleuse que ce soit dans sa rencontre avec Albrecht, ou dans sa face à face avec Bathilde ou Hilarion. Au deuxième acte, elle est magnifique d'intensité et de dramatisme, elle est touchante que ce soit face à Albrecht ou à l'esprit malade qu'elle essaye de calmer. Elle a démontré avec brio qu'elle était une brillante artiste contemporaine, et qu'elle pouvait tout danser.

Céline Talon était entourée de deux partenaires exceptionnels en la personne de Kader Belarbi (Albrecht) et José Martinez (Hilarion). Kader Belarbi est un Albrecht tiraillé entre son amour pour Bathilde et celui plus spécial pour Giselle. Il allie technique et jeu dans un rôle qui lui semble taillé sur mesure. Quant à José Martinez, proche physiquement d'Yvan Auzely (créateur du rôle d'Hilarion), il est le créateur du rôle à l'Opéra, (alors qu'il n'était que premier danseur), il a complètement changé son interprétation et est de plus en plus bouleversant dans ce personnage d'Hilarion, qu'il revoie à chaque reprise du ballet. A la technique extraordinaire qu'on lui connaît, il ajoute une vision des plus personnelles du personnage et rend Hilarion attachant, par ses regards, ses mouvements de bras, il s'est lui aussi complètement approprié le rôle.

Aurélie Dupont, quant à elle, dansait avec Manuel Legris (Albrecht) et Wilfried Romoli. Si Wilfried Romoli incarne le rôle d'Hilarion depuis plusieurs années aussi, son interprétation monolithique est terne par rapport à celle de José Martinez. Il manque de souplesse et d'ampleur dans ses mouvements, son personnage est quasi inexistant au premier acte, même s'il se révèle un peu plus émouvant au deuxième acte. De plus il nous propose toujours la même vision du personnage depuis qu'il le danse. Manuel Legris est une véritable découverte en Albrecht, il a complètement assimilé le style de Mats Ek, avec sa force et sa vigueur, et il a un jeu des plus complets. Il est totalement attiré puis conquis par cette jeune fille différente et il est bouleversant au deuxième acte quand il la retrouve ou qu'il s'accroche à sa blouse. A sa technique parfaite, il ajoute sa musicalité hors pair et forme avec Aurélie, un couple magnifique. Leurs pas de deux sont remplis d'une harmonie inégalée, quel ensemble ! Et quels grands artistes capables d'alterner le plus pur classique avec le plus pur contemporain.

Agnès Letestu est exemplaire en Bathilde fiancée trompée, par la souplesse de ses mouvements et froide à souhait en Myrtha, infirmière de ces esprits malades. Marie-Agnès Gillot campe une très belle Bathilde.

Marie-Agnès Gillot a accepté de reprendre son rôle d'esprit malade au 2e acte et est extraordinaire de par la force déployée dans ses sauts, de l'intensité de son jeu, la rapidité de sa danse. Ses compagnes sont tout aussi sublimes, Mats Ek sait mettre en valeur chacune d'entre elles, grâce à des pas de trois, pas de deux, ou solos. On remarque notamment Géraldine Wiart, Nolwenn Daniel ou encore Laure Muret dont le regard halluciné en femme en mal d'enfant est fabuleux. Mais toutes sont parfaites que ce soit Béatrice Martel, Mirentchu Battut ou Stéphanie Romberg dans leur pas de trois. Quelle force notamment quand elles sont atteintes de leur crise d'hystérie.

Stéphane Phavorin était remarquable en ami d'Albrecht le soir de la première, mais il s'est malheureusement accidenté sur scène, le 1er novembre et a été remplacé au pied levé par Vincent Cordier qui a montré l'étendue de son talent dans le répertoire contemporain. Alessio Carbone et Nicolas Paul campent les deux paysans nigauds et provocateurs à souhait, même s'ils sont moins "comiques" que Quéval et Mongne, créateurs des rôles à l'Opéra, ils s'affirment au fur et à mesure des représentations. Mention particulière également à Jean-Christophe Guerri, seulement coryphée et qui montre dans la Suite de Bathilde, quel grand artiste il est.

Ce furent deux soirées exemplaires où tous les danseurs ont été complètement au service d'un chef d'œuvre. Ils ont atteint un niveau extraordinaire dans l'intensité dramatique et artistique. Une chose est sûre, peu de troupes peuvent s'enorgueillir de proposer deux distributions aussi différentes et aussi magnifiques pour un ballet aussi spécial que cette version de Giselle. Peu de troupes peuvent aussi alterner classique et contemporain avec autant de réussite. Deux visions différentes, mais deux visions extraordinaires ! Une seule troupe mais une troupe exceptionnelle !

Le public a d'ailleurs réservé un triomphe à ces distributions extraordinaires à tout point de vue.

Un chef d'œuvre à ne pas manquer !

 

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édité par Marie.


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