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l'Opéra de Paris
Notre-Dame de Paris (Première) de Roland Petit

Palais Garnier, Paris, France
3 et 11 octobre, 2001

par Catherine Schemm

NOTRE-DAME DE PARIS, DEUX REPRESENTATIONS EXCEPTIONNELLES ET DEUX MAGNIFIQUES DANSEURS !

Pour son retour à Garnier, Notre-Dame de Paris affiche de belles couleurs. Riches en prises de rôles, ces soirées sont donc passionnantes à plus d'un titre. Elles nous ont permises de voir une Esmeralda extraordinaire de lyrisme en la personne de Marie-Agnès Gillot et un Quasimodo unique nommé Yann Bridard. Tout deux ne sont que premiers danseurs, mais quels premiers danseurs !


Notre-Dame de Paris, magnifique Marie-Agnès Gillot ! - 3 octobre 2001

Distribution :
Marie-Agnès Gillot (Esmeralda) - Wilfried Romoli (Quasimodo) - Manuel Legris (Frollo) - Karl Paquette (Phoebus)


Roland Petit a privilégié le côté intimiste resserré autour des quatre personnages principaux, mais a gardé cependant les scènes de foule rendues vivante grâce au corps de ballet. Les décors de René Allio sont toujours aussi efficaces, praticables se transformant tour à tour en parvis de la Cathédrale, intérieur, Cour des Miracles, taverne, clocher, etc. Roland Petit a su garder dans sa chorégraphie les moments forts du roman de Victor Hugo à savoir la scène des fous avec ses costumes simples aux couleurs chamarrées signés Yves Saint-Laurent, la cour des miracles, la scène du clocher ou encore l'attaque de Notre-Dame. Si la scène de la taverne avec ses prostituées aux perruques de longs cheveux roux ou aux énormes chignons blonds semble un tantinet kitsch, la scène de la Cour des Miracles et ses habitants tout de rouge vêtus est une scène forte tant par la chorégraphie que par la musique signée Maurice Jarre. Paul Connelly à la tête de l'Orchestre Colonne rend totalement hommage à la partition flamboyante du compositeur.

Pour la première, Roland Petit a choisi de faire confiance à Marie-Agnès Gillot, première danseuse, dans le rôle d'Esmeralda. Celle-ci s'est complètement emparée du personnage et l'incarne à merveille. La chorégraphie de Roland Petit semble avoir été créée pour elle tant la chorégraphie colle à sa silhouette aux longues jambes. Dès sa fameuse variation d'entrée, Marie-Agnès Gillot campe une Esmeralda à la fois volontaire et fragile aux arabesques magnifiques. Radieuse et insolente devant Frollo, elle se transforme en jeune femme amoureuse de Phoebus. Sa frayeur se métamorphose petit à petit en tendresse vis à vis de Quasimodo et leur pas de deux du clocher est un des grands moments du ballet, tant la complicité entre les deux interprètes est grande. Elle est également magnifique dans son affrontement avec Frollo, où elle paraît comme envoûtée.

Elle est entourée de merveilleux partenaires. Et curieusement, sa grande taille s'harmonise totalement avec ses partenaires.

Wilfried Romoli, dont c'était également la prise de rôle en Quasimodo, ne campe pas tout à fait un personnage torturé par son aspect physique, en effet, il ne semble pas être si monstrueux que cela, et joue moins sur le côté bestial - mis à part dans la scène où il boit dans les mains d'Esmeralda comme une bête - que sur le côté tendre et malheureux du personnage. A aucun moment il n'oublie que c'est un être difforme, bossu et boitant. Mais son amour pour Esmeralda est totalement sincère, de même que sa joie d'être désigné comme roi des fous. Il s'impose lui aussi comme un des grands titulaires du rôle de Quasimodo, plus proche de Cyril Atanassof, que de Nicolas Le Riche.

Frollo est campé avec bonheur par Manuel Legris. Celui-ci, délaissant les rôles de prince du répertoire, trouve un rôle complètement différent dans ce personnage. Il met sa technique époustouflante au service du rôle qu'il sait rendre machiavélique à souhait, il est torturé et malsain ce qu'il faut, sachant montrer à la fois son attirance et sa répulsion pour Esmeralda. La scène du "viol" d'Esmeralda et la scène finale sont de grands moments de danse et de jeu quel manège de grands jetés à l'italienne ! Manuel Legris a totalement réussi sa reconversion en tant qu'interprète de caractère et plus simple danseur noble.

Karl Paquette campe le blond Phoebus mais il manque un rien d'arrogance à son personnage, il ne se montre pas assez. Il enlève avec assurance sa variation et son pas de deux avec Esmeralda est parfait, même si Legris lui vole la vedette par son omniprésence.

A ce quatuor vedette, il faut associer le corps de ballet, qui tout au long de la soirée se transforme tour à tour en foule, soldats, prostituées... Les ensembles sont parfaits et la scène des fous de la cour des miracles ou l'attaque de Notre-Dame sont de grands moments de mise en scène et de danse.

La soirée a été reçue avec enthousiasme de la part d'un public chaleureux. Dommage seulement que Marie-Agnès Gillot, Esmeralda exceptionnelle n'ait pas été enfin nommée étoile, titre qu'elle mérite tant comme l'a encore montré cette soirée.

Si la première distribution a révélé une Esmeralda exceptionnelle, nous avons aussi eu le droit à un Quasimodo inoubliable en la personne de Yann Bridard.


Notre-Dame de Paris, Yann Bridard, Un Quasimodo inoubliable - 11 octobre 2001

Distribution :
Eleonora Abbagnato (Esmeralda) - Yann Bridard (Quasimodo) - José Martinez (Frollo) - Hervé Moreau (Phoebus)


Annulée pour cause de grève, nous n'avions pu découvrir le 6 octobre cette nouvelle distribution. Elle était alléchante sur le papier et a tenue toutes ses promesses.

Cette soirée permettait de voir plusieurs espoirs maison, en particulier, Eleonora Abbagnato dans le rôle d'Esmeralda, Hervé Moreau en Phoebus et de découvrir Yann Bridard dans le rôle de Quasimodo. Avec la blessure de Manuel Legris nous avions déjà pu découvrir le Frollo de José Martinez.

Il faut dire que la prise de rôle d'Eleonora Abbagnato en Esmeralda après Marie-Agnès Gillot et Isabelle Guérin était fort attendue ; même s'il était difficile, pour elle, de succéder à Marie-Agnès, dans ce rôle, tant celle-ci a été magnifique dans son interprétation. A noter qu'Eleonora avait été le double d'Esmeralda lors de la reprise du ballet à Bastille.

Eleonora est tout le contraire de Marie-Agnès. A la grandeur et à la force, elle oppose la finesse et la fragilité sous un côté "glamour" naturel. Passée la surprise de voir une Eleonora brune, elle offre un portrait intéressant d'Esmeralda. Si sa variation d'entrée est interprétée sans grand relief, elle se coule peu à peu dans le personnage. Effrayée au départ par Quasimodo, elle oublie un peu trop vite sa peur de lui dans la cour des Miracles et semble s'attacher déjà à lui. Par contre, son pas de deux avec Phoebus est empreint d'un lyrisme et elle a des bras magnifiques. Elle est tour à tour conquise et apeurée. Au deuxième acte, elle s'avère plus convaincante, son côté mutin du pas de deux avec Quasimodo est très bien vu et elle est poignante dans sa confrontation avec Frollo dans la cathédrale, ou lorsqu'elle découvre le cadavre de Phoebus. Toutefois lors de sa deuxième représentation du 13 octobre, elle avait déjà corrigé une partie de ses défauts et campait une Esméralda idéale, sans toutefois faire oublier celle de Marie-Agnès Gillot

Hervé Moreau incarne un Phoebus fier de lui, à la technique parfaite et au jeu convainquant notamment dans la scène de la taverne ou le pas de trois. Il est frivole comme l'exige le personnage. Hervé semble s'investir totalement dans les rôles de composition, après Lysandre dans le Songe d'une nuit d'été, cette prise de rôle confirme tout les talents de ce danseur. Il ne faudrait pas s'étonner qu'il soit promu premier danseur assez rapidement.

José Martinez a une conception du rôle radicalement différente de celle de Manuel Legris, si celui-ci campe un être entier haïssable et détestable, José est un être humain qui évolue au gré des situations, il n'oublie pas qu'il est religieux mais cède à des pulsions. Le regard qu'il lance vers sa main ensorcelée par le tambourin d'Esmeralda, est à ce titre évocateur de tout ce qu'il ressent, peur de ce qui arrive ou de ce qui va arriver. Dans le pas de trois, il ne rode pas autour de Phoebus et d'Esmeralda de la même façon, il évolue pour en arriver au meurtre. Sa scène du viol est également magistrale de même que la manière de traiter Quasimodo, comme un vulgaire chien. Il n'est pas le mal irrévocablement, il le devient au vu des événements, car il ne contrôle pas ses pulsions. En cela, il semble beaucoup plus proche du héros du roman de Victor Hugo que Legris, même si le Frollo de ce dernier est magnifique. José nuance son jeu, quant à sa danse, nul besoin de dire qu'elle est parfaite. Bref un grand Frollo à revoir.

Yann Bridard abordait pour la première fois Quasimodo, et il a démontré encore une fois quel magnifique artiste, il était. Pour lui aussi, danser le rôle après Wilfried Romoli était difficile. Dire qu'il a été extraordinaire est peu, tant il se montre un des grands interprètes du rôle. A peine maquillé, il campe le monstre difforme boiteux avec un regard, un geste. Tout est étudié mais tout semble naturel, le moindre geste, la moindre attitude, le moindre regard. Tout est juste et magnifique. Son Quasimodo est un homme profondément malheureux et humain. Il apporte mille nuances au personnage, comme sa manière de se comporter au milieu de la foule, dans la scène des fous, d'abord méchant car se sentant humilié et heureux comme un gamin quand il est nommé roi des fous. Sa variation du clocher est extraordinaire de force, et la manière dont il se jette sur la grosse cloche où dont il descend l'échelle en rappel, n'est pas sans évoquer Anthony Quinn dans le film de Jean Delannoy. A l'opposé la fragilité et la sensibilité du personnage ressortent dans le pas de deux, où après dix minutes de bonheur, il sort accablé par toute la misère du monde. Sa relation avec Frollo est beaucoup plus bestiale. Il montre lui aussi l'évolution du personnage, d'abord allié de Frollo, puis peu à peu amoureux fou d'Esmeralda. Il joue énormément de ses regards pour évoquer les multiples facettes du personnage. Son regard d'amour pour Esmeralda se transforme littéralement en regard de haine pour Frollo lors de l'attaque de la Cathédrale. La scène finale où il emporte le corps sans vie d'Esmeralda est bouleversante et au lieu de terminer en laissant pendre Esmeralda, il reste au fond de la scène avec son corps complètement blotti dans ses bras, les yeux en larmes.

Ce soir, Yann Bridard a marqué le personnage de son talent et il restera un Quasimodo inoubliable, digne des plus grands titulaires du rôle. Espérons que son immense talent sera reconnu et que nous le verrons plus distribué à présent.

 

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édité par Marie.


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