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Paris Opéra Ballet
Soirées Jeunes Danseurs

Pas de quatre par Jules Perrot
La Sylphide - pas de trois du 1er acte - par Pierre Lacotte
Le Lac des cygnes - pas de deux du 2ème acte - par Rudolf Noureev
Carnaval de Venise - par Petipa
Le Diable à quatre par Jean-Guillaume Bart
Roméo et Juliette - pas de deux du balcon - par Rudolf Noureev
Réversibilité - pavane pour piano seul - par Michel Kelemenis
Aunis par Jacques Garnier

Palais Garnier, Paris, France
7 juin 2001

par Catherine Schemm



Grosse Déception, Désillusions et Rares Satisfactions.

Ce soir avait lieu la première représentation de l'édition 2001 des soirées Jeunes Danseurs qui se voulait plus hommage aux ballets romantiques et académiques avec comme, seules incursions dans la danse contemporaine, un pas de trois extrait de Reversibilité de Kélémenis et Aunis de Jacques Garnier.

Ce spectacle regroupait 25 danseurs, les plus jeunes ayant 17, les plus vieux 27 ans (peut-on encore parler de jeunes danseurs à cet âge-là, danseur jeune, certes mais pas jeune danseur). Trois surnuméraires faisaient partie intégrante du spectacle, ce qui est surprenant, quand on sait que ces danseurs n'intègreront peut-être jamais la compagnie. A noter également que tous ces ballets avaient répétés avec l'aide d'étoiles anciennes ou actuelles et de Wilfried Romoli et Fabrice Bourgeois.

La soirée s'ouvrait sur la reconstitution du Pas de quatre chorégraphie de Perrot remontée par Ghislaine Thesmar et interprètée par Christine Peltzer, 27 ans (Marie Taglioni), Peggy Dursort, 23 ans (Carlotta Grisi), Myriam Ould Braham, 19 ans (Fanny Cerrito) et Miho Fujii, 20 ans (Lucile Grahn). Si le style a été respecté, notamment la position des bustes très en avant, ce ballet demande des interprètes d'exception pour montrer toute la richesse de ces chorégraphies. Miho Fujii était intéressante dans le rôle de Lucile Grahn et sa petite batterie était bonne, même si elle n'avait pas forcément la légèreté requise. Peggy Dursort était une Carlotte Grisi scolaire et sans aucune aura. Par contre Myriam Ould Braham a été une véritable merveille de légereté, lyrisme et avait réellement compris ce qu'était une "Sylphide", elle savait sauter en faisant voler ses tulles. Christine Peltzer malgré un métier évident, manque de l'autorité de Taglioni et d'un certain "peps" de plus sa technique est parfois approximative. Toutefois, les quatre danseuses étaient parfaitement ensemble notamment dans la coda finale où leurs sauts de chats étaient rigoureusement à la même hauteur.

Venait ensuite le pas de trois "de l'Ombre" extrait du premier acte de la Sylphide, chorégraphie Taglioni revu par Lacotte remonté par Elisabeth Platel. Juliette Gernez, 18 ans, interprétait la Sylphide aux côtés de Julien Meyzindi, 22 ans, James et de Dorothée Gilbert, 17 ans, Effie. A la fin du pas de trois, j'ai entendu certains de mes voisins déclarer "on se demande quelle est la coryphée?," rappellant ainsi l'injustice dont à été victime Dorothée Gilbert au derniers concours interne.

Bien que le pas de trois soit donné hors contexte et devant un fond noir, celle-ci est totalement Effie avec sa fraicheur, son sourire et son désarroi. Elle a entièrement assimilé le style et est techniquement parfaite. Juliette Gernez, par contre, n'a, semble-t'il, rien compris au style. A la mutinerie de la Sylphide, elle oppose une assurance et un côté méprisant qui n'ont rien à voir avec le personnage. Ses arabesques n'ont rien de l'esprit romantique. D'accord elles sont belles, mais ce n'est pas le style. Elle n'incline absolument pas son buste et dans l'adage, elle n'est qu'une pâle copie d'Elisabeth Platel qui les a fait répéter. La manière dont elle se hisse sur le genou de James n'a rien de léger et d'aérien. Seul point positif, dans la coda, quand elle traverse dans les bras de James. Julien Meyzindi, lui aussi, est un parfait acteur et il semble réellement perdu entre la Sylphide et Effie. En dépit de sa musicalité, de la qualité de ses pirouettes et de sa petite batterie ainsi que des talents de porteurs certains, il est décevant. Ses grands sauts laissent à désirer, ses arabesques ne sont jamais levées à la hauteur normale, dans sa variation, ainsi que dans le manège de la coda, il a tendance à trainer la jambe. Pourtant on sent que les qualités sont là et qu'avec un peu plus de travail ou simplement de répétitions...

Après la Sylphide, nous retrouvions l'Adage du Cygne blanc extrait du Lac des Cygnes version Noureev. Quelle idée de distribuer une aussi jeune coryphée dans un rôle qui demande tant de maturité. Aurore Cordellier, 17 ans, n'a assurement pas, actuellement, les moyens artistiques d'une Odette, elle semblait par trop scolaire et morte de trac. On sentait plus la danseuse soucieuse de bien faire les pas, ce qu'elle faisait, que l'interprète qui s'abandonne. A ses côtés Stéphane Bullion,21 ans, était un prince Siegfried noble à souhait, et on regrettait de ne le voir que dans un rôle de partenaire.

La première partie s'achevait sur le pas de deux du Balcon tiré du premier acte de Roméo et Juliette de Noureev remonté par Elisabeth Maurin. Myriam Kamionka, 27 ans et Nicolas Paul, 22 ans avaient le redoutable honneur de danser cette si difficile scène. Si celui-ci a une bonne technique, son solo avant ses retrouvailles avec Juliette était exemplaire de style, mais il ne s'accordait pas avec sa partenaire et le couple ne fonctionnait pas du tout. Ils dansaient côte à côte mais pas ensemble, leur pas de deux n'était pas suffisamment passionné. Myriam Kamionka malgré un métier évident manque de quelque chose, est-elle trop âgée en plus par rapport à Nicolas Paul.

La seconde partie s'ouvrait sur la création à l'Opéra du Diable à quatre, chorégraphie de l'étoile Jean-Guillaume Bart sur la musique d'Adam. (Celle ci fait d'ailleurs terriblement penser à celle de Paquita, la variation du pas de trois de celui-ci vient d'ailleurs du Diable à quatre).

Après des chorégraphies en Hommage à ses deux maîtres Balanchine, ou Robbins telles Isoline, Alla Fuga, ce pas de six se veut plus un hommage à Bournonville dont il rappelle Napoli, les ballets à la Petipa, tout en gardant des clins d'oeil vers Balanchine notamment dans des ports de bras ou mouvements de buste ou encore danses en écho. La construction du ballet enchaîne variations, pas de deux qui deviennent pas de trois, variations qui deviennent ensemble avant de se terminer par une coda générale. Dans ce ballet, aucun adage classique, mais des pas de deux à la Bournonville ou à la Balanchine où les danseurs se répondent en écho, ou en miroir. Nathalie Vandard, 24 ans était magnifique dans la première variation qui n'est pas sans évoquer Giselle dans sa diagonale sur pointe et dans son manège final. Pas de trois enlevé avec brio par Pascal Aubin, 27 ans aux brisés volés et pirouettes impeccables, aux côtés de Ninon Raux, 17 ans mutine à souhait et Aurélia Bellet, 21 ans. Variation à la Bournonville pour Séverine Westermann, 20 ans, la jupe tenue par les mains fait penser totalement à Napoli. Variation "à la Kirov" truffée de difficultés pour Bruno Bouché, 23 ans, mêlant grands sauts, petites batteries, fin à la Bournonville avec petits sauts sans mouvements de bras et avec entrechats à la Petipa (style Oiseau bleu). Aurélia Bellet, pleine de lyrisme, danse avec générosité sa variation rejointe à la fin par Bruno Bouché et Pascal Aubin. Enfin coda pour l'ensemble des danseurs qui semblaient tous heureux de danser. Enfin pour la première fois de la soirée, c'était de la danse.

Après ce petit moment de pur bonheur, Carnaval de Venise dans la Chorégraphie de Petipa, remonté par Ghislaine Thesmar faisait son entrée au répertoire de l'Opéra de Paris. Lise-Marie Jourdain, 23 ans, et Jean-Sébastien Colau, 23 ans, ont dansé ce pas de deux lors des derniers concours de Paris et de Varna, et leur interprétation leur a même valu le deuxième prix couple à Paris, et la médaille de bronze homme à Varna.

Si le couple est parfaitement au point, d'autres interprètes auraient peut-être été meilleurs pour l'entrée au répertoire de ce pas de deux typiquement "cirque". Si Lise-Marie Jourdain est mutine et coquette à souhait dans ce rôle et montre de nombreuses qualités, elle n'a malheureusement pas les levers de jambes nécessaires dans sa variation, surtout quand on a en mémoire la même variation par Ghislaine Fallou ou Aurélie Dupont. Quant à Jean-Sébastien Colau, il semble ignorer ce qu'est tendre ses pointes à certains moments de sa variation. Dommmage car ce pas de deux est charmant et c'est étonnant que l'Opéra de Paris ne l'ait pas fait rentrer avant à son répertoire, car beaucoup de danseuses prennent, hors Opéra, la variation extraite de ce pas de deux également connu sous le nom de Satanilla pas de deux.

Ce ballet terminait la partie "classique" accompagnée par l'Orchestre Colonne sous la direction de David Coleman. Des fausses notes ont émaillé toute la soirée.

Les deux pièces contemporaines de la soirée étaient donc le pas de trois de Reversibilité (créé par Michel Kelemenis en décembre 1999 pour Elisabeth Maurin, Kader Belarbi et Wilfried Romoli) sur la Pavane pour une infante défunte de Ravel joué ce soir au piano par Helena Bonnay et la reprise d'Aunis de Jacques Garnier dont le musique pour accordéons est toujours interprétée sur scène par le compositeur Maurice Pacher et son complice habituel Gérard Baraton.

Pour Reversibilité Caroline Bance, 23 ans, Pierre Rétif, 23 ans, et Jean Philippe Dury, 22 ans étaient de brillants interprètes. Leur pas de trois était intense, mais ils faisaient tous trois partie du ballet à la création, et le style ne leur était donc pas inconnu. Rétif aurait même du faire le rôle de Belarbi, Kelemenis est par ailleurs venu les faire travailler. Ceci étant Caroline Bance semblait réellement jouer un personnage ce qui ne m'avait pas semblé évident lors de la création, hésitant entre les deux garçons, rivalisant de technique. Ce pas de trois fut l'autre temps fort de la soirée avec le Diable à quatre.

Aunis était dansé par Alexandre Carniato, 22 ans, qui remplaçait Francesco Vantaggio, Martin Chaix, 20 ans, et Simone Valastro, 21 ans. Le ballet a été très bien remonté par Wilfried Romoli qui en fut un des brillants interprètes (avec Kader Belarbi et Jean-Claude Ciappara) lors de l'entrée officielle au répertoire de ce ballet.

Les trois danseurs étaient parfaitement ensemble et musicaux, pourtant malgré leurs qualités, le ballet manquait un peu de feu sans doute était-ce dû à l'inexpérience de la scène, surtout pour Martin Chaix et Alexandre Carniato.

Le rideau final a rassemblé tous les participants qui se sont faits chaleureusement applaudir.

Malgré ce succès, une cuvée 2001 bien décevante, où ressortent essentiellement les oubliés du dernier concours Dorothée Gilbert, Myriam Ould Braham, Bruno Bouché, ou encore Nathalie Vandard, quadrille confirmée mais à la joie de danser évidente. Et le plaisir de découvrir une autre partie du talent de Jean-Guillaume Bart chorégraphe.

Espérons que toutes les réserves et défauts constatés n'étaient dûs qu'à un soir de première et qu'ils vont disparaître au fur et à mesure des représentations, mais celles-ci étant plus des fautes de style !

Cela est inquiétant pour le niveau artistique de l'Opéra, car techniquement il n'y a presque rien à redire.

Par contre, on se demande, même si on sait que les participants à cette soirée sont majoritairement ceux de Nosferatu, pourquoi ne pas avoir distribué des danseuses comme Emilie Cozette, Julie Martel, Eve Grinztajn, Sofia Parzcen ou des danseurs comme Adrien Bodet, Sébastien Bertaud, Grégory Gaillard, Aurélien Houette, etc. Il eut été plus intéressant de les découvrir plutôt que de revoir certains danseurs qui ont déja participé plusieurs fois aux soirées jeunes danseurs ou que l'on a déjà vus sur scène en tant que solistes.

A noter, pour une fois l'Opéra a édité un véritable programme pour ce spectacle avec l'âge de tous les participants.

 

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édité par Marie.


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