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Gala des Étoiles du XXIe Siècle

Théâtre des champs Elysées, Paris, France
22 septembre 2001

par Catherine Schemm


Dans un spectacle décevant : le triomphe de Lucia Lacarra, et une découverte Maria Eichwald

Sous le titre pompeux, d'étoiles du XXIè siècle Nadia Veselova-Tencer propose au théâtre des Champs-Elysées un spectacle regroupant quelques noms connus des différentes troupes de ballets à travers le monde, comme l'ABT, le SFB, le Kirov, la Martha Graham Dance Company le ballet du théâtre municipal de Rio, ou encore le TANGO Metropolis de Buenos Aires.

La soirée était dédiée à la mémoire des victimes des attentats de New York.

La soirée est déséquilibrée et mal composée, en effet à des oeuvres purement contemporaines succèdent tango ou oeuvres classiques académiques, sans transition aucune.

La première partie s'ouvrait sur The incense danse de Ruth Saint Denis interprétée par Katherine Crockett.Cette oeuvre mystique évoque l'Inde et un rituel de l'encens, mais est pauvre chorégraphiquement parlant, laissant juste à l'interprète, le soin de bouger magnifiquement ses bras.

De l'Inde, nous partions en Argentine, en effet après ce solo, venait un tango Entre Dos langoureux typique entre danseur macho et danseuse torride. Si les interprètes sont parfaits, ce style de danse ne correspond pas à l'attente d'une telle soirée et le public s'ennuie.

Le summum de l'ennui survient avec le solo Someone to watch réglé par Nicolas Musin pour Fernanda Diniz, la danseuse enfermée dans un piano, evolue autour de l'instrument, le caresse, s'éloigne, le rejoint pour finir seul sur le tabouret de piano situé à plusieurs mètres de l'instrument de musique. Si la danseuse est attachante et présente une forte personnalité , le ballet est creux, et la pauvre interprète en fait les frais en se faisant même huer.

Enfin la danse classique faisait son entrée avec le pas de deux du Cygne noir interprété par Irina Dvorovenko et Maxim Belotserkovksy (ABT). Danseuse russe typique, elle danse avec aplomb et technique, ce rôle. Lui, prince blond, est plus effacé, malgré un haut niveau technique, le tout semble froid et bien conventionnel.

Allait venir la révélation de la soirée, en effet, dans le pas de deux de La Dame aux Camélias de Neumeier, Maria Eichwald jeune étoile du Ballet de Munich incarne une Marguerite Gautier intense, sensible, bouleversante, et bouleversée, à ses côtés Alan Bottaini est un Armand attentif et passionné. Le pas de deux est magnifiquement interprété, avec ses portés audacieux, sa fougue, ces deux jeunes étoiles bavaroises ne devraient pas rester longtemps inconnues.

A ce moment magnifique succédait un pur moment de rêve, Light Rain de Gérald Arpino interprété par Lucia Lacarra et Cyril Pierre. Ce pas de deux qui n'est pas sans évoquer Bakti de Maurice Béjart, de par sa musique à l'indienne, permet de voir la merveilleuse Lucia Lacarra (qu'on avait déjà admirée au printemps dernier lors de la tournée du SFB à Paris dans Prism ou Othello) et dont on admire la souplesse, les six'o clock parfaites, la somptuosité des lignes, la maitrise de son corps, la grâce qui émane de tous ses gestes et la parfaite complicité qui ressort dans le pas de deux. Cyril Pierre est un partenaire attentif et solide, il met particulièrement en valeur sa compagne.

La première partie s'achèvait sur le Corsaire interprété par les étoiles du Kirov Elvira Tarasova et Andrei Batalov. Ceux-ci sont des danseurs russes typiques qui privilégient la virtuosité extrême à la beauté du geste. Lui multiplie les sauts compliqués, hauts et à la réception pas toujours assurée, elle, tourne, lève la jambe en six'o clock mais rate ses fouettés en tombant de sa pointe. Bref au Kirov rien de bien neuf, malgré la révolution annoncée.

La deuxième partie recommençait avec un long solo intitulé And catch fish with my hand interprété par Katherine Crockett, magnifique interprète d'une scène qui doit sans doute évoquer la folie d'Ophélie (Hamlet). Mais pourquoi diable ne pas avoir interpréter une oeuvre de Martha Graham qui aurait certainement eu plus de force, et d'impact sur le public. La encore, des sifflets ont retenti à l'égard de l'artiste, mettant son ennui sur son compte et non sur celui de la chorégraphie.

Nous retrouvions ensuite les deux étoiles de l'ABT, Irina Dvorovenko et Maxim Belotserkovksy, dans Farewell de Maria Chimengilly, pas de deux sans surprise et déjà vu avec succession de portés plus ou moins audacieux, sur une musique de Mozart. Si lui est toujours relativement discret, Irina Dvorovenko tombe dans un pathos absolu au niveau de ses mimiques de désespoir.

De nouveau, nous repartions dans les rues de Buenos Aires pour un nouveau tango sur la célèbre Cumparsita où l'on retrouvait la flamboyante Pilar Alvarez aux côtés de Claudio Hoffmann.

La création de Lost and Found de Nicolas Musin marquait les retrouvailles avec Fernanda Diniz, cette fois-ci accompagné de Bruno Cezario. Un couple semble se disputer pour une espèce de radio que chacun se vole à tour de rôle. Lui est vétû d'une jupette comme elle. Mais la chorégraphie de Nicolas Musin est creuse malgré les interprètes qui essaient de la sauver, là encore le charme de Fernanda Diniz opère et on se demande ce que Bruno Cezario ferait dans un autre répertoire.

Enfin un nouveau moment de pur bonheur avec l'Adagio for Strings de GM Bohbot, ce pas de deux mettait en valeur le lyrisme de Lucia Laccara ainsi que ses longues arabesques, hautes, parfaites. Le pas de deux est fusionnel et on sent toute la tendresse et l'amour des deux partenaires. Elle est L'Etoile et le public ne s'y trompe pas et lui réserve un triomphe. Dommage seulement que Cyril Pierre ait été réduit toute la soirée au rôle de porteur.

Difficile après le triomphe public du couple du SFB de cloture la soirée. Toutefois le jeune couple formé par Maria Eichwald et Allen Bottaini danse avec brio et panache le pas de deux de Don Quichotte. Entre les portés à la russe avec danseuse en six'o clock, les tours attitudes planés et les arabesques longuement tenues pour elle, et les sauts acrobatiques pour lui. Allen Bottaini interprète un Basile conventionnel à la technique accomplie. A ses côtés, Maria Eichwald incarna Kitri avec espieglerie et charme. Elle est la découverte de la soirée. Inconnue du public parisien, elle a montré une véritable personnalité, dramatique dans la dame aux camélias, et "piquante" dans Don Quichotte. Une danseuse à suivre...

La soirée se finissait sur une espèce de parade intitulée Défilé "chorégraphié" par l'organisatrice de la soirée elle-même.

Sur la musique de la coda de Diane et Actéon de Pugni, chaque participant rivalise de technique dans un exercice acrobatique, ou spectaculaire, avec pirouettes sans fin pour Batalov, fouettés attitudes pour Lacarra, grands jetés enchainés pour Maria Eichwald, manège pour Alen Bottaini, fouettés pour Irina Dvorovenko, etc.

Malgré quelques moments de pur bonheur du à l'alchimie du couple Lucia Lacarra, Cyril Pierre ou à la jeunesse du couple Maria Eichwald, Allen Bottaini, les étoiles du XXI siècle semblent bien ternes, et si ce sont tous de bons danseurs, en aucun cas ce ne sont LES danseurs du XXI siècle.

 

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édité par Marie.


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