Ce soir avait lieu la dernière de
Don Quichotte, et de la tournée du Ballet de Cuba par la même occasion. Pour cette troisième édition des
Etés de la danse, les organisateurs ont décidé de s’installer dans la nef du Grand Palais, et il faut croire qu’ils ont été bien avisés vu le mois de juillet que nous avons eu ! Le prix des places est malheureusement élevé : avec une 2ème catégorie à 50€, j’étais très loin de la scène, qui par ailleurs, ma paru toute petite par rapport aux gradins.
Mais venons-en au spectacle: je ne connaissais pas cette version, et j’ai été plutôt déçue par la chorégraphie, qui à mon sens est plus fade et plus banale que ce qu’on peut voir dans les autres grandes compagnies. Les alignements de danseurs sont convenus, les mêmes pas reviennent souvent, et à cet égard, la danse des toreros était assez incroyable : il n’y avait quasiment que des grands jetés. Le tout manque vraiment de dynamisme. Cependant, parmi les satisfactions venant de la chorégraphie, j’ai bien aimé le prologue qui fait apparaître Dulcinée et Don Quichotte, mais qui ne dure pas éternellement comme celui de la version Noureev. Dulcinée réapparaîtra deux fois au cours du ballet.
Du côté danseurs, en revanche, la satisfaction est quasiment totale. Le corps de ballet féminin est parfaitement homogène et aérien. De plus, aucun problème de décalage musical entre les danseuses n’est à déplorer. Chez les hommes, en revanche, les réceptions des (très) grands sauts ne sont pas toujours assurées : le buste part souvent en avant (J’ai constaté ça chez les fameux toreros). Côté demi solistes, la reine des Dryades (Yanela Pinera) était remarquable, offrant toutefois une interprétation plutôt atypique (très souriante et chaleureuse). Très à l’aise techniquement, elle a le bon goût de ne pas passer par le grand jeté de face entre ses développés à la seconde, dérive qu’on voit de plus en plus souvent. Sa danse en est d’autant plus légère, et les fouettés à l’italienne sont assurés avec maestria. Cupidon était dansé par Aymara Vasallo, et, surprise, elle dansait sur la musique traditionnellement dévolue à Kitri (en Dulcinée). Kitri n’a donc pas de variation dans cette
Vision. Ce changement de musique fonctionne bien et la danseuse est charmante, cependant, elle a la manie de lever des arabesques au dessus de la tête en se penchant en avant, du coup les réceptions sont quelque peu brutales (même remarque que pour les hommes, plus haut).
Je passe sur les autres danseurs, tous très bons dans leurs rôles, pour en venir aux solistes : Viengsay Valdes en Kitri et Romel Frometa en Basilio. J’ai d’abord été un peu déçue par l’interprétation de Viengsay Valdes, qui, bien qu’éblouissante techniquement, manquait de fougue (ma référence en la matière reste Laëtitia Pujol !). Cependant, sa Kitri est pleine de charme et très impressionnante techniquement, notamment dans les pirouettes parfaitement placées. J’ai quand même trouvé qu’elle abusait des équilibres aux deux premiers actes (le 3ème acte, c’est une autre histoire) et par conséquent était parfois en retard sur la musique (enregistrée, rappelons-le). Ces équilibres au début du ballet me semblent inappropriés et cassent le rythme. En revanche, aucune réserve pour Romel Frometa qui est un Basilio idéal, plein d’humour et au mime franc. Si le ballet peinait un peu à convaincre au cours de la représentation, le grand pas de deux a transporté la salle, et pour cause. Les 2 danseurs ont pu se livrer aux plus périlleux exercices avec une assurance à couper le souffle. On ne voit pas ça tous les jours ! Pendant l’adage, Viengsay Valdes a tenu a 3 reprises d’impressionnants équilibres qui cette fois-ci était tout-à-fait apropriés, et tous 3 furent applaudis. Quand on a des danseurs aussi bons techniquement, le grand pas de deux ne peut-être qu’un triomphe, mais en plus, on ne déplore aucun raidissement, aucun stress lisible sur les visages, qui semblent simplement heureux de danser. Aux saluts, standing ovation pour Alicia Alonso!
A l’issue d’une telle représentation, on ne peut que regretter que les danseurs de l’opéra de Paris, avec les merveilleuses productions dans lesquelles ils évoluent, n’ai pas plus le « goût du risque »

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