Créé le 7 décembre 2003, Mort à Venise de John Neumeier fut enregistré à Baden Baden en 2004.
Le ballet est construit sur des musiques de Bach et de Wagner, dont deux des grands "tubes" de ce dernier à savoir le "Mild und Leise" ou Mort d'Isolde dans sa version pour piano et la grande Bacchanale de Tannhauser.
L'histoire a été librement inspirée de l'oeuvre de Thomas Mann et semble parfois bien compliquée. Von Aschenbach, Lloyd Riggins, devient un chorégraphe en vogue qui crèe un ballet sur Frédéric le Grand, interprété par Ivan Urban que l'on avait pu admiré à Paris dans le rôle de Diaghilev (Nijinski). Dans la première partie située dans un studio de danse, Neumeier utilise des musiques de Bach et une chorégraphie très néoclassique, certains passages semblent même des clins d'oeil à Balanchine et à son
Concerto Barocco .
La deuxième partie se situe à Venise, Bach cède parfois la place à Wagner pour les morceaux les plus intenses émotionnellement. Von Aschenbach rencontre le jeune Tadzio dont il tombe éperdument amoureux, mais celui-ci semble se jouer des sentiments du vieux chorégraphe qui cherche à se rajeunir pour lui plaire puis meurt à ses pieds. Neumeier a introduit deux personnages aux identités multiples et interprétés par les frères Bubenicek pour servir de transition aux différents tableaux, tour à tour Wanderer, Coiffeur, Guitariste...
Si le style chorégraphique de Neumeier ne se renouvelle pas vraiment, on retrouve quelques passages évoquant notamment Sylvia, la puissance de l'interprétation fait de ce ballet une oeuvre magnifique. On retrouve le génie du chorégraphe dans les nombreux pas de deux et pas de trois qui émaillent le ballet, ainsi que dans les scènes de foule, notamment la danse des garçons sur la plage, la bacchanale, ou encore la fête accompagnée par une musique de Bach "modernisée" à la Loussier. Les deux duos entre Tazio et Von Aschenbach sont particulièrement intenses sans jamais tomber dans la vulgarité !
En premier lieu, il faut saluer le talent d'interprête hors pair de Lloyd Riggins qui campe un chorégraphe fier de lui, qui doute avant de devenir un amoureux pathétique et bouleversant, même à l'écran sa puissance émotionnelle transperce (Il avait été un extraordinaire Petrouchka dans Nijinsky lors de la tournée parisienne du Ballet de Hambourg). Edvin Revazov campe le personnage de Tadzio, ce grand jeune danseur ressemble beaucoup à l'acteur choisi par Visconti pour son film, jeune, fougueux, pervers, équivoque à souhait, il donne une réplique parfaite au vieil Aschenbach.
Que dire aussi des prestations des frères Bubenicek, extraordinaires d'intensité dans le pas de trois du Wanderer, ou dans ce duo de "folles" à Venise, ou encore dans ce pas de deux déjanté en guitaristes.
On notera aussi la présence d'Alexandre Riabko et de Silvia Azzoni qui sont les "concepts" du ballet créé par Aschenbach, le personnage troublant de Laura Cazzaniga tour à tout mère de Tadzio, d'Aschenbach ou son assistante. Toute la troupe de Hambourg est magnifique, notamment les danseurs qui sont tous meilleurs les uns que les autres. Les danseuses servent malheureusement plus de faire valoir et sont peu utilisées dans ce ballet.
Bref un grand coup de coeur pour Lloyd Riggins, émouvant, passionné, par contre un tout petit coup de griffe à la captation qui privilégie parfois trop les gros plans et ne montre pas tout ce qui se passe sur la scène.
Lloyd Riggins et Edvin Revazov @www.hamburgballett.de