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Bonjour à tous, <P>Ce débat sur le Sacre est très riche et Nijinski n'aurait pas renié lire tout cela. Pour ma part, je pense que le Sacre de NIJINSKI représente LA modernité en danse, il est évidement l'originel et il percute le spectateur avec tant d'émotions issues de la composition chorégraphique, des partitions dansées des solistes, des groupes tous différents, du décor magistral et de la musique incomparable de Stravinsky que je le place en dehors de toutes les catégories. <BR>Il représente la modernité en danse car il est à l'encontre de toute la pratique de danse qui a prévalue jusque là (la première a eu lieu en 1913 !). <BR>Les pieds à l'intérieur, à plat au sol, le dos courbé, les têtes penchées, les torsions du buste...puis les sautillés, les figures dos au public indiquent un rapport au sol dans l'enfoncement. Un poids du corps mis en avant alors qu'auparavant il n'y avait que le ballet classique majoritairement, la pointe et la légèreté de l'étoile. <BR>La position désaxée détermine tout le reste, puis toute la danse, neuve, qui surgit. Elle est créée à partir d'une restructuration du schéma corporel car en organisant autrement les postures, voire en restreignant les ressources du danseur, ce dernier peut ainsi s'exprimer autrement à travers la contrainte.<P>Le seul solo de la pièce est celui de l'Elue, qui est prise dans un cercle de danseurs. Elle se distingue en étant à l'intérieur du cercle et se désigne par la chute au sol, à la différence de M. BEJART où le mouvement vers le haut est prégnant. Même dans les mouvements de "rebonds", ce ne sont pas des enfoncements dans le sol mais des tractions des épaules vers le haut. Chez P. BAUSCH (1975), l'élue se détache d'une sorte de troupe de danseurs amassés derrière elle, de plus elle apparaît assez tôt dans la chorégraphie. <P>Chez NIJINSKI l'Elue n'émerge qu'à la fin, de plus elle devient le seul point culminant du groupe car au final elle est portée par les danseurs qui composent le cercle où elle vient de se désigner. Tout le reste du ballet est dans la pesanteur, avec les accents vers le bas.<P>Pour revenir aux discussions, je suis assez d'accord avec Emie qui parle d'une "danse d'hommes" chez BEJART. Il est nécessaire de replacer cette pièce dans son temps, elle a été créée en 1959 alors que c'était une des premières pièces que l'on peut qualifier de contemporaine mise à disposition du public. Il faut dire que MB a tout mis en oeuvre pour que le public accède à cette pièce. Chez lui, on identifie tout de suite ce qu'il se passe, or chez NIJINSKI il y a plusieurs groupes et pas de hiérarchisation des groupes quant à leur place sur scène. Le jeu se situe au niveau de l'interprétation, le vocabulaire gestuel est commun à tous les danseurs. Chez MB, le registre est différent pour les hommes et les femmes. L'Elue est une statue, face au public. Chez NIJINSKI on sent bien une angoisse et une tension monter, comme chez P. BAUSCH. Or, chez MB, il n'y a pas de tension. De plus, chez lui il y a 2 élus, qui se fondent dans l'accouplement (donc la naissance et la vie), à la différence des autres Sacre qui finissent sur le sacrifice et la mort. <P>De même pour les corps de MB, qui sont en majorité des corps masculins. A l'époque, c'est rare et cela indique l'existence récente des hommes dans le monde de la danse. Il est vrai aussi que les "académiques" couleur chair des femmes et ceux des hommes aux couleurs fades accentuent une communauté,une mise au même niveau des individus. Dans le contexte de l'époque, il se développe une culture de masse et l'illusion du corps glorieux des années 60 proposée ici est le but du chorégraphe. Il a ôté toute la violence du Sacre, le climat de la pièce, il change donc l'argument. Il l'a médiatisé en réalisant un film de cette chorégraphie,qui a mis en route son succès "populaire". La caméra y fait des perspectives lointaines, comme dans un film, ou bien dans des grandes diagonales, avec des lumières kitch.C'est une chorégraphie "masculine".<P>Quant à la relation à la musique, les danseurs de MB sont on ne peut plus sur la rythmique, dans le temps, il n'y a pas de suspension, les mouvements sont placés au niveau de la hanche qui est en hyperextension. Chez Pina, on voit bien sue le mouvement se situe dans le bassin et le plexus. Chez MB, la figure du mouvement est plutôt terrestre, constamment sur la métrique, le temps est en bas. Le Sacre de Pina BAUSCH est très fort, il s'en dégage une énergie incroyable avec des variations de rythmes extrêmes qui se répercutent dans la qualité des mouvements et même si aujourd'hui c'est une de ses pièces phares, je la vois avec un autre regard que celui de MB, que je n'apprécie pas du tout.<P>La question principale est de savoir comment s'est formé ce phénomène MB ? A l'époque, beaucoup d'intellectuels, de danseurs, sont allés voir ce spectacle et beaucoup sont devenus chorégraphes grâce au Sacre. Or MB est dans le registre du signe dans cette pièce (archétype du rôle de l'homme et de la femme..). <P>Comment la réception d'une oeuvre peut varier dans le temps ? Aujourd'hui, il est ce qu'il est et MB fait "du MB". Même dans les chorégraphies récentes, ce que met en jeu MB est la même chose que ce qu'il mettait en jeu à ses début. C'est presque ringard pour moi.<P>Mais je crois qu'il y a deux niveaux de lecture, d'une part le phénomène de mode qu'a représenté MB à une époque où c'était le seul courant qui était marginal de la danse classique, dominante. D'autre part,le rêve que porte en lui le Sacre. Quel est-il à cette époque, est-ce un rêve social ? On peut se poser la question de savoir sur quoi travaille ce Sacre, sur quel refoulé ? Car on peut également le montrer comme finalement une ode à l'homosexualité puisque tout ramène à l'homme(nombre des danseurs et importance du rôle de l'homme face à la femme élue), le fait que l'homme soit aussi un élu, ou bien les mouvements qui sont tout le temps des montées en puissance et des tensions vers le haut. <P>Finalement, est-ce que l'on regarde la pièce avec nos yeux d'aujourd'hui (et alors comment un geste porte t-il un sens ?)ou bien est-ce que je la regarde avec les paramètres de l'époque ? <P>Piem, tant mieux si tu possèdes "Les printemps du Sacre", c'est ce que je voulais te proposer, mais je ne possède malheureusement pas le Sacre de Pina. Je lance aussi un appel à qui voudrait bien m'en envoyer une copie.<P>Au revoir à tous et à bientôt. <P>Tiens, je crois que je vais aller mettre le CD du Sacre, tout ça m'en a donné envie...<P><BR> <BR> <P>[This message has been edited by Pascale (edited October 11, 2001).]<p>[This message has been edited by Pascale (edited October 11, 2001).]
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