C'était donc Saïz... Il avait effectivement été mentionné durant la conférence que les danseurs sus-nommés lui apprenaient aujourd'hui le rôle, après l'avoir hérité de leurs prédécesseurs... mais comme il danse à Paris je ne pensais pas que c'était lui que nous verrions ce soir-là. Et Jude a effectivement dansé le faune et l'adage. Bon, je termine :<P>SUITE EN BLANC :<P>Le ballet a commencé de façon un petit peu laborieuse, du moins c'est l'impression que j'en ai reçu : après l'ouverture (pas musicale : je veux dire après le premier tableau d'ensemble) la variation des trois filles en tutu romantique était, comment dire, pas tout à fait "assurée" m'a-t-il semblé. Un léger manque d'aisance, de fluidité... la danseuse du milieu en retard d'une fraction de seconde sur ses deux partenaires... Disons que pendant le premier tiers de ce dernier ballet j'ai un peu eu l'impression que les danseurs ne savaient plus où donner de la tête, qu'ils avaient un peu de mal à tenir avec facilité une chorégraphie qui n'arrête pas, et qui exige des capacités, des enchaînements particuliers, inhabituels pour des danseurs accoutumés à un vocabulaire classique plus... classique, justement ! Mais ceci est peut-être aussi dû au fait que mon oeil n'était pas non plus habitué à ce vocabulaire, et peut-être étais-je moi-même visuellement déconcertée - en particulier par le fait que non seulement des gestes, des "brisures" assez contemporaines surgissent tout à coup dans les pas ou les ports de bras au milieu d'un enchaînement et d'un costume ("tutu-pointes-tout-en-blanc") tout à fait classiques, mais surtout Lifar utilise la musique d'une façon très particulière, on a l'impression quelque part qu'il ne cale pas les rythmes des pas sur la mesure mais qu'il utilise celle-ci comme un canevas sur lequel il brode librement. D'une certaine manière rythmiquement parlant il "jazze" : sa chorégraphie étant à la musique ce que le solo de trompette est à la batterie - elle abandonne son rythme et suit le sien propre pendant quelques instants avant de revenir dans le tempo. Ce qui donne quelquefois l'impression que les danseurs "ne sont plus dans le rythme". Bref, beaucoup de mots pour dire peu de choses, je ne sais pas si je suis parvenue à me faire comprendre...<P>Toujours est-il que, quelle que soit l'origine des hésitations du début (danseurs pas tout à fait tout à fait assurés, mon oeil désarçonné ou tout simplement la tension de la première), celles-ci se sont peu à peu estompées et Suite en Blanc s'est déroulée dans toute sa beauté. Je me souviens en particulier du pas de trois "une fille, deux garçons" dansé avec maestria par... j'ai supposé, à sa blondeur, que c'était Hélène Ballon ? Et puis toutes les autres variations qui se sont succédées et dont j'aimerais pouvoir vous dire quelque chose, malheureusement je connais trop mal ce ballet pour pouvoir relever et formuler quoi que ce soit d'assez précis.<P>La soirée s'est donc terminée de belle manière... après les applaudissements, une dame a été introduite sur la scène : courbée, la voix tremblante, un peu perdue sous les lumières, c'était la compagne de Serge Lifar, qui a remercié, très très émue, l'administrateur et Charles Jude pour le travail qu'ils avaient effectué afin de faire (re)vivre ces oeuvres et la mémoire de l'artiste. C'était vraiment touchant de l'entendre ainsi chercher ses mots en français qui n'est pas sa langue maternelle pour exprimer sa gratitude visiblement sincère. A un moment, embarrassée, elle s'est arrêtée et puis a demandé d'une petite voix "mais, où est Charles ?". Il était au milieu des danseurs, il s'est donc avancé vers elle, et elle lui a offert "une petite chose" : une médaille frappée par la Ville de Paris, si j'ai bien compris, avec le visage de Lifar sur une de ses faces, et sur l'autre "Icare...: vous !" a-t-elle dit. Elle a ensuite annoncé que la fondation Lifar décernait cette année son prix à la compagnie du Ballet de l'Opéra de Bordeaux ; et elle a terminé en disant qu'elle espérait pouvoir bientôt voir celle-ci danser à Kiev, ville natale du maître... quand elle à dit "n'est-ce pas ?", cela sonnait comme une prière...<P>Voilà pour mon compte-rendu de cette soirée, du moins de la façon dont je l'ai vécue ! Et comme je n'ai pas lu l'article de Sirvin, je ne sais même pas si j'ai dit des énormités

... Mais ce n'est pas ici qu'on me reprochera d'être en désaccord avec lui - n'est-ce pas ?<BR>
