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Gros succès sans surprise

Pina Bausch/Tanztheater Wuppertal - 'Néfès'


Par Anne-Marie Baptista

Représentation du 4 juin 2004, Théâtre de la Ville, Paris

Première ce soir de « Nefés », la création que Pina Bausch présente cette saison au Théâtre de la Ville avec le Tanztheater Wuppertal.

Cette pièce m’apparaît comme un conte que nous narre Pina Bausch avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de poésie. Un conte de fées ou un conte des mille et une nuits dans lequel les danseurs apparaissent tantôt émerveillés, tantôt candides, avec des grands yeux d’enfants gourmands lorsqu’ils dévorent les filles du regard…

La pièce s’ouvre sur un plateau sans décor aucun. Le fond de scène est noir ; sur le côté gauche deux rideaux blancs tirés dont l’un servira dans la 2e partie du spectacle aux projections d’images de Peter Pabst et nous plongera dans les coulisses d’un mariage traditionnel.

« Nefès » commence par un sketch au hammam sur fond de musique turque. La chorégraphe nous met ainsi d’emblée dans le bain en nous rappelant que « Nefès » est née d’une résidence à Istanbul en 2002.

Les hommes, torses nus et serviette éponge blanche autour de la taille, sont l’objet consentants d’autres hommes qui leur appliquent de grosses bulles de mousse sur le corps. Les femmes, penchées ensuite au dessus des hommes, utilisent leur longue chevelure en frappant l’air pour mieux leur sécher la peau.

L’eau, source de vie, purificatrice, est très présente tout le long du spectacle. En fond de scène, de l’eau se met à tomber du ciel doucement tout d’abord, en un imperceptible goutte à goutte puis en cascade. Au sol, une grande mare se fonde. Le plus souvent alibi symbolique scénique, cette mare servira cependant à quelques reprises à des chorégraphies comme cette séquence à un moment donné où Rainer Behr (je crois) se précipite sous la cascade d’eau et danse sous cette pluie purificatrice. De manière tout aussi imperceptible qu’elle s’est constituée, la mare s’asséchera, puis se remplira à nouveau, au gré des mouvements des danseurs.

Pendant près de trois heures, sketchs et séquences de danse vont se succéder à un rythme qui s’accélère au fur et à mesure. Cette pièce est marquée par un très grands nombre de solos. En fait, chacun des 20 danseurs effectue plusieurs solos. J’ai senti à travers cette mise en valeur de chaque danseur, l’amour que leur porte la chorégraphe.

J’ai trouvé les chorégraphies généreuses, très techniques notamment dans des portées à couper le souffle, originales et musclées sur des chansons de Tom Waits ou des tangos d’Astor Piazzolla, plus spirituelle sur des musiques orientales. 

M
ais chaque danseur exprimait ce soir une joie visible de danser ! Ils arboraient le plus souvent un large sourire aux lèvres et cela faisait plaisir à voir !

Le désir, l’amour sont très présents dans « Nefès ». A un moment par exemple dans la 2e partie - beaucoup plus drôle, plus rythmée car plus dansée que la 1ère partie, j’ai trouvée - un danseur se met à sauter pour essayer d’embrasser la bouche d’une danseuse juchée sur un meuble roulant et qui lui tend ses lèvres au passage. Il finit par lancer des baisers éperdus à la volée, des baisers qui s’évaporent dans l’air.

Il y a aussi ce danseur, Daphnis Kokkinos, qui dans un solo tourmenté exprime la douleur et le désarroi d’être seul avant qu’une nuée de Vénus ne vienne l’enlacer et ne l’entraîne loin de sa solitude…

L’insouciance aussi s’exprime fortement comme dans le jeu de l’amour et du hasard auquel se livrent les jeunes filles qui aiment à se laisser contempler par des garçons éperdus de désir.

Parfois, une note plus sombre pointe, celle de Pina Bausch elle-même, tourmentée, nous ramène très brièvement aux réalités de la vie. « Que fais-tu Cristiana ? » demande un danseur à une danseuse immobile. « Je souris », répond-elle. « Pourquoi souris-tu ? » « Je souris sans raison. C’est difficile de sourire sans raison. Essaie…Non sans les dents, souris… »

Chaque tableau est un petit moment de vie à apprécier, à s’en délecter, à s’en revivifier, porté par des danseurs étonnants, débordants d’énergie et heureux de danser. La beauté des scènes est rehaussée par les longues robes aux couleurs chatoyantes que portent les femmes. La jeune danseuse indienne Shantala Shivalingappa m’a ravie avec plusieurs danses empreintes je dirai de « baranathyam contemporain », des danses originales faites de mouvements très harmonieux et très beaux à regarder. La jeune indonésienne aussi Ditta Miranda Jasjfi est éblouissante. Elle fait preuve d’une énergie incroyable et d’une très grande grâce dans ses gestes.

Je dirais aussi que « Nefès » est un hymne à la femme. Elles sont belles, drôles, émouvantes, soumises et fortes, elles veulent tout et elles ont raison ! Enfin, le tableau final est l’un des points d’orgue de cette soirée : hommes et femmes se font face dans un ballet original et étrange, leurs voix se mêlent à la musique, leurs regards mutins se font complices.

Ils disparaissent dans les coulisses avant de revenir saluer un public conquis qui les remercient par de chauds applaudissements ! Pina Bausch, qui a passé toute sa soirée à faire noter ses remarques et observations à son assistant assis à côté d’elle, est venue saluer le public au milieu de ses danseurs.


Edited by Catherine Schemm

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