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Compagnie Rosas

- Bitches Brew-Tacoma Narrows de Anne Teresa De Keersmaeker

Par Anne-Marie Baptista

Représentation du 6 avril 2004, Paris, Théâtre de la Ville

La création Bitches Brew-Tacoma Narrows de Anne Teresa De Keersmaeker s’ouvre sur le décor d’un lieu qui s’apparente à un studio de danse : méli-mélo de néons suspendus au plafond dans une espèce de corbeille à papier de bureau jaune, installation pour le DJ dans un coin de la scène et barres d’exercice, le tout sur fond de tapisseries dans les tons jaunes-marrons un poil kitsch.

Si le décor délimite l’espace scénique sur ses pourtours, il ne va pas jusqu’au sol laissant ainsi entrevoir la partie basse des coulisses et par la même les jeux de jambes des danseurs qui se préparent… Il y a de l’agitation dans l’air… Les talons aiguilles sur lesquels se juchent de belles jambes vont et viennent, les mocassins cirés de messieurs que l’on devine très élégants s’arrêtent… Le DJ annonce « Bitches Brew »

Et les premières notes de la célèbre musique jazz de Miles Davies retentissent. Cet enregistrement (né de plusieurs séances d’improvisation avec treize virtuoses dans la fin des années 60) reflète par ses rythmes survoltés, déchaînés, la situation d’un pays en proie à de terribles troubles intérieurs. Le rythme est donné ; rapide, très rapide, comme un souffle court, un élan donné et qui ne s’arrêtera pas quasiment jusqu’à la fin.

Les treize danseurs, tous élégants dans des costumes qui rehaussent leur sensualité (à la fois dans le choix des matières et le style des vêtements), ôtent leurs chaussures avant de se lancer dans une chorégraphie aux mouvements rapides (parfois même de courtes courses), dans des phrases où les danseurs toujours se cherchent, parfois se trouvent, souvent se répondent, rarement se perdent… « Des danseurs engagés dans cet éclat dansé à plusieurs voix, désajustées et complètement aimantées l’une à l’autre ».

La chorégraphe, qui a travaillé pour la première fois sur cette création à partir de systèmes d’improvisation avec ses danseurs, joue sur tous les registres des duos, solos, mouvements d’ensemble…, mettant ainsi tour à tour en lumière chaque danseur au cœur du collectif et la compagnie Rosas dans son ensemble.

Mention spéciale à l’une des danseuses (la petite brune que l’on voit le plus souvent et dont je ne connais pas le nom mais que j’ai déjà eu l’occasion de remarquer dans d’autres chorégraphies tellement elle a « ce petit quelque chose qui fait la différence » - le talent tout simplement quoi - une danse pleine de force et d’expressivité dans les expressions et la gestuelle, bravo !). Déception en revanche pour le danseur que l’on voit le plus souvent (le très grand brun avec les cheveux longs bouclés) qui ne m’est pas apparu très convaincant dans sa façon de danser, trop raide dans ses mouvements.

J’ai d’abord retrouvé dans Bitches Brew cette vitalité - que j’aime tant chez Anne Teresa De Keersmaeker - d’une chorégraphie servie par des danseurs qui sont heureux d’être là – et ça se voit !. J’ai retrouvé aussi ce travail sur des mouvements en répétition et en rupture, et la prédominance des corps conducteurs à travers une main qui se tend, un pied qui cherche à garder le contact avec l’autre qui déjà s’éloigne, une tête que l’on retient au creux de l’épaule, un corps que l’on porte, un regard qui s’accroche…

C’est déstructuré, un peu déroutant parfois, mais toujours merveilleusement vivant ! Par moments, sans que l’on s’y attende vraiment, la chorégraphie se teinte de quelques pas de breakdance, de figures de hip-hop et même de danse africaine, à travers, là encore, soit des duos, des solos ou des mouvements collectifs. Le tout assez finement « dosé » (il n’y en a pas trop).

Au début de la « 2e partie », on a l’impression que les danseurs se « lâchent » davantage au gré de l’humeur du DJ qui enchaîne quelques vieux standards… Et puis sont projetées en fond de scène des vieilles images en noir et blanc du pont suspendu «Tacoma Narrow Bridge », ce pont qui faisait autrefois la fierté de l’Etat de Washington. « Bercée quotidiennement par le vent, sa structure effilée avait adopté une forme sinusoïdale qui ondulait sous la bourrasque. Un jour le pont se fracassa inopinément dans la rivière ‘Tacoma’’ ».

Les images sont là qui le prouvent, montrant un pont qui danse littéralement au gré des vents et qui un beau jour à force d'onduler a fini par céder… Dans une semi-pénombre, les ombres des danseurs virevoltent sur le pont ; liés les uns aux autres, ils constituent une chaîne humaine tiraillée de toute part mais qui ne rompt pas, ils s’érigent en mini-pyramides humaines qui s’écroulent à terre au moment où une partie du pont se jette dans la rivière…

Et puis la trompette de Miles Davis revient comme une dernière fugue à investir pour les danseurs…

 


Edited by Cathy

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