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Sidi Larbi Cherkaoui

- 'Foi'

Par Frédéric Baron

Représentation du 28 avril 2004, Paris, Théâtre de la Ville,

 

La pièce Foi a été créée par Sidi Larbi Cherkaoui en 2003 et est reprise cette année au Théâtre de la Ville, du 21 au 29 avril.

Elle comprend en principe 11 danseurs. Ce soir Erna Omarsdottir était présente mais, étant probablement blessée, certains de ses passages ont été dansés par Sidi Larbi Cherkaoui lui-même.

Comme le précise le programme, l'un des danseurs est handicapé (trisomique). Mais "c'est nous les handicapés, nous avons perdu l'aisance du partage" (Cherkaoui). Ils sont accompagnés sur scène de la formation musicale Capilla Flamenca, qui comprend sept membres, parmi lesquels il y a trois chanteurs.

Suivant les moments, ils interprètent des chants polyphoniques du XIVème siècle, du flamenco ou…de la musique chinoise ! Le décor est constitué de deux très hauts murs en béton grisâtre, en forme de V (la pointe est vers le fond et laisse un espace suffisant pour que les danseurs rentrent sur le plateau). Le mur de gauche comprend de larges ouvertures, qui permettent de voir la formation musicale installée à mi-hauteur, derrière le mur. Le sol est blanchâtre.

Quand les spectateurs rentrent dans la salle, un mannequin (ou une danseuse immobile ?) est installé à droite sur l'avant-scène, dans l'attitude d'une personne qui vient de tomber d'un fauteuil à roulette. Sur la gauche, un mannequin (ou un danseur immobile ?) est allongé sur un matelas. On découvrira plus tard qu'il s'agit bien de danseurs ! Quand le spectacle débute, un rideau rigide se lève, dans un bruit de plus en plus strident, sur le décor en béton. On a l'impression qu'une guerre atomique vient de se produire et qu'il ne reste que des ruines. A partir de là, cette pièce, d'1h40, va présenter un foisonnement d'images.

L'un des danseurs est une "mamie black" (avec perruque et robe), très drôle. Elle se réfère sans cesse à "Jesus", en anglais et en français. Il y a aussi un moment hilarant, quand une danseuse, sorte de mauvais génie, tourne autour d'un garçon et d'une fille, visiblement attirés l'une par l'autre, et déclenche des catastrophes en détournant leurs gestes. Exemple, le garçon et la fille veulent se faire la bise et leurs têtes se cognent ! Ou alors, le garçon passe la main dans les cheveux de la fille mais le mauvais génie coince la main dans les cheveux, ce qui fait que le garçon n'a plus d'autre choix que de tirer violemment !

Cela dit, la tonalité d'ensemble est angoissante. Elle fait référence à la guerre, aux tremblements de terre. Plusieurs éléments d'actualité sont abordés : l'Irak et la guerre en ex-Yougoslavie (sous la forme d'un bulletin météo, dans lequel celle qui présente frappe les autres lorsqu'elle agite les bras pour montrer les lieux sur la carte), les marées noires. Ainsi, l'une des danseuses est véritablement engluée dans une sorte de goudron dont elle n'arrive pas à se dépêtrer. A un moment, l'une des danseuses chausse des gants de boxe aux couleurs américaines et tape sur ses partenaires !

A la fin, un danseur est maculé de sang et se déplace comme un cul de jatte, en repliant ses jambes. (Mais pour contrebalancer, une danseuse dessine un très gros coeur avec ce sang sur le mur de gauche). Si on est déprimé, ce n'est pas le meilleur spectacle à voir ! Surtout quand l'une des filles se met à pleurer de façon bruyante en disant à de nombreuses reprises "I'm so sorry", puis, un peu plus tard, en criant de façon stridente pendant un long moment. A ce moment là, c'était franchement éprouvant. Le temps semblait bien long !

Comme j'ai compris ce spectacle, il s'agit d'une tentative ambitieuse de décrire l'état du monde actuel, lequel n'est pas brillant. La sincérité de Sidi Larbi Cherkaoui est incontestable. On perçoit qu'il est très sensible à la souffrance. Dans ce monde noir, la croyance aux anges (un texte projeté sur le mur de gauche y fait référence au début du spectacle), l'amour (une danseuse et en danseur sont figés un moment en train de s'embrasser) peuvent aider à vivre.

Les danseurs ont pris souvent la parole, en plusieurs langues. De temps en temps, la traduction s'affichait sur le mur de gauche.

Le fait que des danseurs se mettent nus pendant un spectacle de danse contemporaine est assez habituel. Ce spectacle n'a pas échappé à la règle pour un danseur, puis une danseuse. Une des chanteuses a montré son opulente poitrine aussi ! Mais je n'ai pas trouvé que cela apportait quelque chose. A vrai dire, je redoutais même que ça se produise à nouveau. En revanche, il faut souligner l'engagement physique et mental des danseurs. Impressionnant !

Sidi Larbi Cherkaoui a vraiment des aptitudes corporelles hors du commun. Il tordait son corps dans toutes les positions. La pratique du yoga y est certainement pour quelque chose !

De même, Damien Jalet a réalisé un solo absolument exceptionnel. A la sortie, j'ai entendu plusieurs spectateurs impressionnés par sa capacité de contorsion Comme le dit le programme, "Damien Jalet, inspiré de l'Œdipe de Pasolini, s'adonne à une suite de yogi qui confine à l'épuisement sans pour cela démentir la force qui est en lui". Il arrivait à "plier" son dos sans effort apparent.

A certains moments, les danseurs effectuaient tous ensemble des mouvements au sol. Même s'ils n'étaient pas totalement coordonnés (je ne pense pas que cela soit une priorité pour le chorégraphe), ces passages étaient très beaux. De même, le passage pendant lequel une danseuse et un danseur sont restés constamment liés en faisant des figures différentes était très réussi. Cela m'a fait penser au pas de deux "Treading" de la Compagnie Alvin Ailey.

Il me semble que Sidi Larbi Cherkaoui est allé puiser dans sa mémoire d'enfant pour certains passages (en tout cas, ça m'a rappelé certaines images de mon enfance à moi !).

Par exemple, à un moment, une danseuse met un masque et ouvre une bouteille de gaz. Tous les danseurs s'endorment alors et tombent au sol (référence : James Bond, le Marsupilami !).

De même, à la fin, une danseuse tisse petit à petit une immense toile d'araignée entre les deux murs en béton (référence : Tarzan !).

En définitif, j'ai passé une bonne soirée. "Foi" est une oeuvre complexe, qui témoigne de la richesse intérieure de ses auteurs, Sidi Larbi Cherkaoui associe les danseurs à la création.
Foi est si délirant qu'il est impossible de le définir, si foisonnant d'idées qu'on ne peut le raconter, et si irrévérencieux qu'on ne peut l'écrire. C'est un spectacle qu'il faut voir". Mais à revoir, je ne sais pas ! Il y a quand même des passages difficiles à supporter.

Edited by Cathy

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