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Emio Greco - 'Rimasto Orfano'

Par Anne-Marie Baptista

représentation du 7 mai 2004, Paris, Théâtre de la Ville

 

Dès l’entrée du spectateur dans la salle, la musique est présente en un son monocorde et un peu assourdissant ; sur la scène plongée dans la pénombre, la silhouette d’une danseuse se devine par le jeu d’une rampe de lumières blanches installée à même le sol. La danseuse avance très lentement presque imperceptiblement. Le volume de la musique qui augmente sonne le début du spectacle. La danseuse, ombre comme évanescente, se déplace de plus en plus vite, en des pas un peu chancelants sur ses escarpins rouges à hauts talons. Elle s’approche d’une ampoule suspendue sur le devant de la scène, face au public. Toujours éclairée par les feux de la rampe derrière elle, la jeune femme sort enfin de l’ombre, elle me fait penser à cet instant à un fantôme qui nous serait donné à voir l’espace d’un moment fugace. Affublée d’une perruque blonde, elle lance à la salle comme le ferait une actrice ou à la manière de la présentatrice d’un show : « Emio Greco est mort ! ».

La scène s’éclaire alors dans son ensemble laissant apparaître de part et d’autre et en fond de très hauts panneaux verticaux de toile tendue et fripée à l’identique de la robe de bure qui habille la « présentatrice ». Emio Greco entre alors en scène. Il porte la même bure sans forme (les six danseurs sont ainsi vêtus). Il marche vers elle, s’arrête à sa hauteur. Elle est dos au public ; ils font quelques pas ensemble avant de commencer la chorégraphie en un duo de mouvements identiques et répétitifs.

Ce schéma d’une gestuelle identique reprise par un, puis deux, puis trois, puis quatre danseurs… sera récurrente pendant tout le spectacle. A chaque fois qu’un nouveau danseur entre en scène, il entame sa chorégraphie seul avant d’être accompagné par un autre danseur, puis un autre… jusqu’à obtenir un mouvement collectif.

Dans Rimasto Orfano (Resté orphelin), la gestuelle se caractérise par des mouvements déployés à l’aide d’une très grande énergie. Par des mouvements des bras prédominants, très amples, souvent en de grands moulinets très rapides qui fendent l’air. Il y a aussi beaucoup de petits soubresauts sur les pointes comme si le danseur marchait sur des clous, des tressaillements, des secousses des membres, des mouvements d’épaule ou de jambes incontrôlés, des têtes folles (surtout celle d’Emio Greco) qui bougent dans tous les sens, qui frappent le sol, comme si le corps tout entier n’était plus maîtrisé, comme s’il n’obéissait plus au cerveau.

L'expression de la douleur, de l’incompréhension, de l’impuissance sont perceptibles. À plusieurs reprises, la musique aidant, de plus en plus forte, de plus en plus oppressante, on imagine que le chaos n’est pas loin. Répétés dans des mouvements collectifs et répétitifs, très rapides, les gestes deviennent lancinants, fascinants. Avant qu’une musique plus lente, plus apaisante ne se fasse entendre ramenant avec elle le calme et l’ordre dans les esprits, mais pour combien de temps ?

L’éclairage et le décor signés du metteur en scène et chorégraphe néerlandais Pieter C. Scholten sont très importants dans Rimasto Orfano. Le noir et le blanc sont toujours présents. Dans l’obscur ou en pleine lumière, dans la pénombre ou dans une scène coupée en deux avec d’un côté le noir et de l’autre le blanc, les lumières se jouent des corps qui échappent, qui s'échappent.

La musique contemporaine du compositeur américain Michael Gordon est aussi très intéressante. Elle entraîne et accompagne les danseurs dans une pulsation musicale tantôt enlevée, brutale, tantôt rassérénée qui rythme leurs pas.

Cette pièce que Emio Greco présente comme une évolution dans sa « ligne créative », je l’ai trouvée très complète et finalement assez irréprochable. Rimasto Orfano est un vrai spectacle de danse, très technique avec des postures qui empruntent parfois au classique, un spectacle qui n’est pas une installation ni un divertissement et qui ne fait appel ni aux « alibis » branchés, ni aux effets spéciaux, ni à la vidéo pour capter l’attention.

C’est un travail finalement de puriste, rigoureux, laborieux, difficile notamment par les nombreux mouvements collectifs qui exigent une grande concentration pour suivre le mouvement des autres, et puis des éclairages et une musique qui servent parfaitement bien le jeu des danseurs.

 

Edited by Cathy

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