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Ballet de l’Opéra de Paris

- Soirée Nijinska, Taylor, Bombana : Les Noces, le Sacre du printemps, Septième lune

Par Valérie Beck

Représentation du 23 avril 2004, Paris, Palais Garnier

Je découvrais pour la première fois Noces qui m'a énormément plu : j'ai beaucoup aimé la façon magistrale qu'a Nijinska pour sculpter l'espace; c'est vraiment une avant gardiste. Noces est l'une de mes partitions préférées et j'ai vraiment été fascinée d'un bout à l'autre par toutes ces figures qui se dessinent sur le sol; j'avais l'impression d'assister à une sorte de contrepoint dansé; c'est surtout le quatrième tableau qui est le plus réussi : lorsque toute la Noce est réunie, et que les principaux intéressés, assis à l'arrière scène, comme dans une niche, assistent, immobiles, à ce qui se passent réellement sur scène.

Le style de Nijinska m'a rappelé par certains aspects celui de Martha Graham (celui de Steps in the street par exemple) : pas de virtuosité, pas de mouvements "décoratifs", une grammaire chorégraphique très stylisée, des costumes qui effacent l'individu au profit d'une vision de "groupe" où chaque identité non définie compose quelque chose de vivant; mais en revanche, pas de solistes non plus et rien non plus sur le plan émotionnel comme sait le faire Graham.

Musicalement, c'était très très bien chanté et joué dans l'ensemble, les quatre pianos et les percussionnistes jubilaient !

Bref, j'ai vraiment été ravie de voir ce ballet, mais un petit bémol : très déçue du rôle très réduit des deux protagonistes, car je n'ai pas vu Karin Averty depuis longtemps, et dans ce ballet, hélas, elle n'a pas vraiment la possibilité de déployer tout son talent !

Suivait le Sacre du printemps de Paul Taylor : j'ai peu accroché à l'univers de cette relecture du Sacre, et j'ai été très gênée par la réduction pour piano à quatre mains: car la partition en "pâlit " beaucoup ! Cependant, quelques scènes m'ont vraiment plu : mention spéciale à Ghislaine Reichert en maîtresse, qui a une présence électrique sur scène, beaucoup de charisme et une vivacité extraordinaire; et à Severine Westermann en souffre douleur, qui, elle aussi a beaucoup de charisme !

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l'intrigue, (ce qui était mon cas avant de lire le programme) il s'agit d'une répétition de danse court-circuitée par tous un tas d'évènement inattendus : kidnapping, poursuite, mauvais garçons et policiers... un humour décalé, un peu à la Buster Keaton ! Les scènes entre l'escroc et le souffre douleur ainsi que les solos de la maîtresse sont celles qui m'ont paru les plus réussies.

En ce qui concerne Septième lune , la création mondiale de David Bombana, rien de bien formidable : une histoire simple, inspirée d'un Nô mais qui aurait pu être inspirée par tout autre chose; une femme abandonnée par celui qu'elle aime s'enferme dans la solitude. La chorégraphie est banale, et s'enchaînent solos, pas de deux, groupes, le tout en noir et blanc sur une scène blanche avec quelques éléments noirs : cercle d'une horloge peinte sur la scène, même cercle qui se déploie au dessus de la scène.

Mais rien à voir avec la magie des chorégraphies de Kylian : Stéphanie Romberg était étincelante dans Stepping Stone , Bombana ne lui donne pas l'occasion d'exprimer tout son potentiel artistique; même chose pour Agnès Letestu et José Martinez qui paraissent ternes parce que la chorégraphie l'est; les passages qui m'ont le plus plu sont les passages de groupe (huit garçons, huit filles) mais on ne retrouve rien de l'intensité qu'on peut retrouver chez un Béjart ou un Kylian, ou même un E Lock, lorsqu'ils utilisent le langage classique.

Bref, j'ai passé une bonne soirée malgré tout, car j'ai pu voir et découvrir des danseurs que je ne connaissais pas, et Noces, à lui seul, m'a enchantée. Mais il manquait un quatrième ballet, avec plus d'éclats, ou de feu, pour que la soirée soit équilibrée et ne laissent pas cette drôle d'impression d'inachevée...


Edited by Cathy

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