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Une vision de rêve

Ballet de l’Opéra de Paris - 'Don Quichotte'

Par Catherine Schemm

Représentation du 23 mai 2004, Paris, Bastille

Dorothée Gilbert (Kitri) – Emmanuel Thibault (Basilio) – Christophe Duquenne (Espada) – Eve Grinsztajn (la Danseuse des rues) – Laurence Laffon (la Reine des Dryades) – Juliane Mathis (Cupidon) – Julie Martel (la demoiselle d’honneur) – Kim Young Geol (le Gitan) – Myriam Ould Braham et Mathilde Froustey (Les amies de Kitri) – Vincent Cordier (Don Quichotte) – Mallory Gaudion (Gamache) – Richard Wilk (Lorenzo) – Simon Valastro (Sancho Pança)

Cette matinée était attendue par l'ensemble des balletomanes car elle voyait les débuts dans les deux rôles titres de deux "stars" de la compagnie parisienne. La première était la jeune espoir, Dorothée Gilbert, passée sujet en décembre dernier et le second, Emmanuel Thibault qui n'est plus un espoir, mais qui a 30 ans n'avait jamais encore abordé un rôle titre.

Don Quichotte, même s'il est un grand divertissement à prendre comme tel, est aussi basé sur le couple que doivent former Basilio et Kitri. Malheureusement au premier acte, le couple ne fonctionne pas, si Dorothée Gilbert campe une Kitri espiègle, chipie ce qu'il faut et s'applique au niveau du jeu, Emmanuel Thibault semble malheureusement peu amoureux de sa Kitri et les duos s'en ressentent. Cela manque de la complicité nécessaire et jamais on ne croit à leur amour. Ils se contentent de danser côte à côte, mais jamais "ensemble". Ce déséquilibre continuera tout le ballet, que ce soit dans la scène du moulin, dans la taverne, ou dans le grand pas de deux final, jamais nous n'aurons un couple sur scène.

Emmanuel Thibault est un technicien virtuose, tout le monde s'accorde à le dire. Il est brillant dans ses variations, notamment celle rajoutée par Rudolf Noureev, où il enchaîne les difficultés avec facilité. Par contre son entrée manque de punch, et surtout il lui manque le style Noureev, ce fameux style indispensable et qui était si présent chez Mathieu Ganio, notre nouvelle étoile, de même que le jeu, si important mais quasi-inexistant ou limité à sa plus simple expression.

Au deuxième acte, il semble moins à l'aise dans le pas de deux et la variation du moulin, et dans le grand pas du troisième acte. Plusieurs erreurs sont nettement visibles, chute de demi-pointe, manège de coupés-jetés peu impressionnant, manque de coordination avec sa Kitri et problèmes de partenariat, notamment dans le grand adage, où il manqua de lâcher Dorothée mais aussi dans le premier acte, où son visage se ferme dès qu’il s’agit de portés. Si Emmanuel a montré une fois encore les belles qualités de virtuose que nous lui connaissons, il a aussi montré ses limites aussi bien techniques qu'artistiques et stylistiques.

Dorothée Gilbert campe, quant à elle une Kitri exquise, si elle semble un peu nerveuse dans son entrée, elle monte tout de suite le niveau et nous gratifie de magnifiques équilibres. Elle est Kitri dans son jeu, ses attitudes et nous offre une superbe variation aux castagnettes, précise et vive. Dommage qu’elle ne soit pas aidée par son Basilio !

Si Dorothée est une technicienne émérite, au deuxième acte elle surprend par son lyrisme, et nous offre une vision d'anthologie. Dans sa traversée avec l'homme en noir, Florian Magnenet, elle semble réellement flotter tel l'esprit qu'elle est sensée être et sa variation de Dulcinée est extraordinaire de poésie, et de technique où se mêlent retenue, musicalité, équilibre incroyable.

Au troisième acte, elle nous offre à nouveau, une variation du grand pas dans le plus pur style avec épaulements, équilibre, et quand la fatigue se fera sentir dans ses fouettés, elle arrivera à les relancer avec brio. Il est fort dommage qu'elle n'ait pas eu le droit à une seconde représentation !

Le public ne s'y trompe pas d’ailleurs et lui réservera, à la sortie des artistes, une ovation que seule Marie-Agnès Gillot avait connue il y a deux ans, sur le même rôle ! Un titre d'étoile aurait été légitime à l'issue de cette matinée, tant elle a montré les dons les plus rares et confirmé tout le bien que nous pensions d'elle.

A ses côtés Eve Grinsztajn est une remarquable danseuse des rues, technique quasi-parfaite, engagement artistique, elle est secondée par le magnifique Espada de Christophe Duquenne dont nous admirons là encore la parfaite adéquation stylistique. Dommage qu'une petite erreur entâche sa scène de la taverne, mais là aussi un titre de premier danseur aurait été mérité pour ce danseur aussi bien à l'aise dans le pur classique que dans le contemporain.

Myriam Ould Braham et Mathilde Froustey campent les amies de Kitri, mais elles ne sont guère ensemble. Chacune danse parfaitement bien, mais leurs styles ne s'accordent pas et cela manque d'unité surtout dans leur première variation. Kim Young Geol est un gitan toujours aussi peu convaincant.

Laurence Laffon offre une reine des dryades en demi-teintes, si son entrée est assez belle, de même que le début de sa variation, elle se désunit lors des fouettés attitudes et est totalement éclipsée par la Dulcinée de Dorothée. Juliane Mathis pour son premier rôle de soliste, depuis son entrée dans le corps de ballet, campe un Cupidon charmant et techniquement très au point.

Au troisième acte, Julie Martel est juste correcte en demoiselle d'honneur. Mallory Gaudion campe un Gamache plus en retrait qu'il y a deux ans, Simon Valastro nous offre un portrait sympathique de Sancho Pança. Par contre, Vincent Cordier ne parvient pas à nous faire oublier l'extraordinaire Jean-Marie Didière.

Cette matinée aurait été parfaite si la Direction de la Danse avait confirmé son choix de la jeunesse en nommant Dorothée Gilbert étoile, tant sa prestation nous montre qu'elle sera, elle aussi, de la race de celles qui sont inoubliables.

 


Edited by Cathy

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