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Presqu’Iles de danse

Chorégraphies de Michèle Anne De Mey, Jo Fabian, Sasha Waltz

par Anne-Marie Baptista

17 janvier 2004 -- Noisiel – Ferme du Buisson

Oui, vraiment, de qui se moque-t-on ?! A l’heure où la culture et la création sont en danger en France, je ne peux que m’offusquer devant la programmation donnée à voir cette année dans le cadre des "Presqu’îles de danse". Je suis allée hier à La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée, pour voir de la danse puisque c’est l’objet de ce festival même si celui-ci s’est ouvert aux œuvres lyriques. Et, pas de chance peut-être, mais j'y ai vu deux spectacles (sur trois) sans doute plus proches du théâtre que de la danse. Je commence vraiment à en avoir assez que certains prennent prétexte de la "danse contemporaine" pour nous proposer n'importe quoi !!!

Première déception (pour ne pas dire autre chose) avec Michèle Anne De Mey. En résidence à La Ferme, elle présentait In Somnia, chantier collectif. L’espace scénique est organisé un peu à la manière d’un ring. Le public est installé en gradins autour d’un espace où se trouve une table noire vide. Le spectateur est interpellé à son arrivée par la présence, à chaque place, d’un serre-tête aux oreilles de Mickey. Certains (beaucoup même), amusés, n’hésitent pas à se parer de cette ridicule parure sans même savoir le pourquoi de la chose. Bref. Ils sont cinq assis autour de la table et que dire ? il ne se passe rien ou si peu. On nous parle d’une expérience, qu’il nous faut arrêter de voir, de savoir, de faire… Le précieux petit programme remis à l’entrée explique qu’In somnia est un chantier sur l’activité pendant le sommeil qui se construit les yeux fermés, à tâtons… » Ha bon ? Assis autour de la table, ils se frappent le front avec la paume de la main, basculent le tronc en arrière sur leur siège, se lèvent et se rassoient, lèvent les bras… à tour de rôle, en un mouvement répétitif qui s’arrête puis revient. Par moment, ils échangent leurs sièges, se rassoient. Puis, on profère des élucubrations sur Descartes et son discours de la méthode qui ne me font pas rire du tout… Et les oreilles de Mickey là dedans ? Bref, 45 minutes de perdues ; c’est fini, ouf, je n’en pouvais plus et je ne suis pas la seule dans ce cas dans la salle, quelques uns se sont même payer le luxe de s’endormir ; maigres applaudissements (je n’applaudis pas, je n'en reviens pas de ce que je viens de voir !), les comédiens filent, on ne les reverra pas…

Deuxième spectacle, seconde déception (c’était décidément pas mon jour de chance) : Jo Fabian dans The dark side of time.
Face à un décor prometteur (deux plans scéniques, un cylindre dressé du sol au plafond sur l’une des extrémités du plateau, un écran vidéo…), je me dis que mes ennuis sont terminés, que là, cette fois, je vais me régaler. Hum… tout d’abord, une voix off en anglais qui n’en finit plus, sur un ton monocorde, qui ne cessera pas, recouverte peu à peu par une musique de Ralf Krause, insupportable de lenteur.

Un gars costard-cravate noirs et chapeau melon arrive. Il ôte ses chaussures, enlève sa cravate pour s’en bander les yeux et commence à faire tourner, en marchant lentement, une partie du cylindre qui s’éclaire alors comme un phare sortit de l’obscurité. Une, puis deux, puis 3 danseuses arrivent, l’une après l’autre. Vêtues de robes blanches, elles exécutent des solos qui se répètent dans des mouvements de bras et de jambes en traversant la scène lentement.

Non, à ce moment là je sais que c’est fichu. Il me faudra encore supporter une variation sur pointes par l’une des danseuses et un pseudo numéro de claquettes par des danseuses emprisonnées dans le cylindre d’où seuls leurs pieds dépassaient tandis que deux gars toujours déguisés en golden boys de la City s’adonnaient à un duo qui n’a pas soulevé l’enthousiasme.

Mais la deuxième partie est encore plus édifiante. Le décor a changé, les lumières cette fois sont violentes (rouge qui évoque le sang), la vidéo, alibi dans la première partie, nous montre cette fois les images d’une corrida jusqu’à la mise à mort du taureau, c’est charmant ; une armure suspendue au plafond virevolte en un ballet macabre, et les danseuses engoncées dans des costumes certes très originaux (surtout les coiffes en forme de navire, de château…) et armées d’armes à feu d’une autre époque, simulent (sans danser, juste par mime) des scènes de chasse ou de tuerie toujours dans une lenteur d’amnésique. Les deux hommes eux sont attablés, toujours costard-cravate et chapeau melon, à une table riche de victuailles. Ils festoient, ils trinquent à la mort.

A un moment donné, les sièges sur lesquels ils sont assis reculent et eux restent assis, en suspend dans le vide (quelle mascarade !) ; puis ce sont les pieds de la table qui tombent sans que la table ne bouge ; à quand le petit lapin qui sort du chapeau melon ? Et puis, la bande son qui égrène, depuis le début de la deuxième partie, un souffle rauque d’agonisant, je ne peux plus supporter ça. Je n’en peux plus, je quitte la salle avant la fin, furax.

Mon dernier espoir : Sasha Waltz et son Dialogue, ce soir, avec Boris Charmatz, Claudia de Serpa Soares et Nicola Mascia (danse) et les musiciens : Joanna Dudley, Anton Lukoszevieze et Andrian Pereyra. Dialogue se veut un travail d’improvisation structurée avec des danseurs et musiciens invités par Sasha Waltz.

Tout d’abord, mon immense plaisir a été de voir Sasha Waltz (pour laquelle j’ai une très grande admiration en tant que chorégraphe pour son triptyque sur le corps) danser. Avec ses rondeurs de maman et sa quarantaine bien sonnée, j’ai beaucoup aimé la voir danser. Je l’ai trouvée naturelle dans sa gestuelle, généreuse, et très physique dans ses duos avec Charmatz.
Dans l’ensemble, ce qui nous a été donné à voir était à la fois puissant et drôle avec un Boris Charmatz très en forme j’ai trouvé !

Tout commence assez tranquillement comme si chaque danseur prenait ses marques. Et puis, "la machine" s'accélère, jusqu'à s'emballer dans un déchaînement des corps qui se libèrent.
Aux corps déxasés par moment, maltraités, les danseurs ont pris pas mal de risques dans des figures de tractions, des équilibres et des portées audacieux !

Claudia de Serpa Soares elle aussi est très acrobatique ; on dirait que son corps est fait de guimauve tellement il apparaît malléable sous les gestes sans égards de Boris Charmatz.
Ce déchaînement des corps et des sens est relayé par les musiciens comme Joanna Dudley notamment qui a su utiliser sa voix à la limite parfois de la rupture, c’était très intéressant !

Un des moments les plus surprenants et drôles a été lorsque Nicola Mascia s’est enrubanné de la tête aux pieds de papier blanc traversant la scène comme une mariée de papier mâché s’avançant vers l’autel avec Sasha Waltz tenant la traîne à genoux. Puis, il revient, s’effondre sur scène au beau milieu de son papier, enseveli dessous. A ce moment, Sasha Waltz et Claudia de Serpa Soares s’approchent avant de lui tomber dessus après un échange de regards avides. Comme devant un gros papier cadeau, elles effeuillent, effeuillent ce présent comme tombé du ciel et, à la surprise du public, elles mettent le danseur à nu. Sur ce, Boris Charmatz entre en scène. Lui aussi fait l’objet de la convoitise des deux femmes, plus chanceux, il se retrouve en slip. Sasha Waltz et Claudia de Serpa Soares le "décorent" alors de papier blanc autour de la tête, du cou, de la taille... et, pour continuer dans ce delirium collectif, Charmatz entreprend quelques pas et figures qui me font aussitôt penser, vu son affublement de papier, au cygne dans Le Lac. Mais c’est fait avec de telles expressions et mimiques que Charmatz en est irresistible de drôlerie.

Ils ont vraiment dû bien s’amuser et se faire plaisir en travaillant sur ce « Dialogue » où l’on retrouve malgré tout le thème cher à la chorégraphe allemande : le corps. Un corps maltraité, réduit à l’état d’objet, réduit à sa plus simple expression et sa plus stricte intimité; un corps désiré, sublimé ; un corps fertile celui de la naissance et de la renaissance.

Ouf, heureusement, ma soirée est sauvée.



Edited by Cathy

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