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Bolchoï à Paris – 'Le Clair Ruisseau'

1h30 de bonheur !

par Catherine Schemm

Soirée du 21 janvier 2004 -- Palais Garnier, Paris

 


Pour son troisième programme, le Bolchoï avait décidé de présenter une de ses dernières créations, création pas tout à fait car il s'agit en réalité d'une nouvelle production d'un ballet de Chostakovitch intitulé le Clair Ruisseau. Ce ballet créé en 1935 sur une chorégraphie de Fedor Lopoukhov est revisité par le nouveau directeur du Bolchoï à savoir Alexei Ramantski qui a gardé l’histoire originelle avec ses couples, ses imbroglios, ses personnages cocasses mais aussi les scènes de liesse de la foule..

Les premières notes de l'ouverture font penser que l'on va assister encore à un de ces ballets de propagande comme l'ex-URSS en produisait tant, de plus le rideau de scène est décoré d'un marteau et d'une faucille sur fond de planète Terre, le tout entouré d'inscriptions en russe.

Mais dès que le rideau se lève, on se retrouve dans un univers des plus colorés : des champs à l'époque de la moisson, décors inspirés des peintures naïves sur tous les portants : grosses fleurs jaunes et orange au premier acte, avec comme toile de fond des champs de blé où passent des tracteurs ou un avion qui survole le kolkhoze. Au second acte, on retrouve le même décor sur les portants mais les couleurs sont celles de la nuit : bleu, vert, au fond de la scène, se dresse une statue et on peut voir des arbres et des haies qui permettent aux protagonistes de se dissimuler.

L'argument léger peut faire peur par son origine russe, mais en réalité, il s'agit d'une comédie intemporelle où folklore et tradition sont finement mêlés !

Les habitants du Clair Ruisseau sont en effervescence, en effet pour la fête des moissons, des artistes venus de la ville en train viennent se produire chez eux.

Une jeune paysanne Zina s'aperçoit que la danseuse classique invitée n'est autre qu'une amie d'enfance avec qui elle a partagé les cours de danse. Si son amie est devenue ballerine, Zina a préféré rester fermière. Le mari de la jeune femme, Piotr tombe sous le charme de la danseuse, de même qu'un vieux paysan suivi de sa femme (qui-veut-paraître-plus-jeune-qu’elle-ne-l’est) qui elle est attirée par le jeune danseur.

Zina pense qu'elle est trompée par son mari, mais la danseuse la rassure et propose de monter un gentil complot contre tous ces jolis cœurs. A la nuit tombée, son partenaire se déguisera en Sylphide pour séduire le vieil homme, elle sera elle-même le jeune homme qui attirera dans ses filets sa femme, quant à Zina, elle lui confie son rôle afin que Piotr dupé ne lui avoue ses sentiments.

Le deuxième acte laisse part à la plus pure comédie, naturellement le mari de Zina s'apercevra que la jeune femme masquée et qu'il a courtisée la nuit n'est autre que sa femme, le vieil homme retournera auprès de sa femme après des situations dans la plus pure tradition vaudevillesque !

Sur cet argument léger, Alexis Ratmansky, le nouveau directeur du Bolchoï a réalisé un petit chef d’œuvre d'humour et de charme.  Sans révolutionner la danse, il a su exploiter au maximum les qualités des danseurs aussi bien techniques qu'artistiques. Les danses du corps de ballet sont joyeuses inspirées du folklore traditionnel, les variations sont plus recherchées et carrément loufoques au deuxième acte. Son langage chorégraphique est plus que classique, même s’il insère ici ou là quelques mouvement plus modernes, on retrouve aussi beaucoup de mouvement style Charleston ou encore tango (sans doute clins d’œil à l’âge d’or !).

On retrouve de nombreuses évocations de ballets, l'entrée de Zina avec son livre en main évoque celle de Tatiana dans Onéguine de Cranko, comment ne pas songer à Giselle avec le banc, ou même au Concert de Robbins, quand la danseuse classique après dire « non » aux avances de Piotr, secoue la tête positivement et saute dans ses bras. On voit qu'Alexei Ratmanski connaît ses classiques...

L'entrain du corps de ballet fait une de fois de plus plaisir à voir, tant les danseurs sont souriants et heureux d'être en scène. Pour une fois, les hommes de la compagnie peuvent évoluer dans un registre plus acrobatique, mais les jeunes filles ne sont pas oubliées. Ratmanski a même chorégraphié une très belle scène pour les amies de Zina, six jeunes paysannes aux dégagés impeccables et aux grands jetés parfaits.  Les scènes de foule évoquent souvent les Ballets Moïseev par leur vivacité et leur humour ! Le chorégraphe fait aussi de nombreuses références aux grands ballets classiques.

Il a introduit de manière heureuse plusieurs personnages cocasses comme l’accordéoniste, Gennadin Yanin, que l’on a déjà pu applaudir dans le rôle de Passiphonte (La Fille du Pharaon) et dont on admire la virtuosité, l’humour et une certaine élégance, une écolière délurée dansée avec entrain par Ksenia Pchelkina aux longues jambes mises en valeur par une mini-robe verte, une laitière interprétée par Anna Antropova, un fermier, Vladimir Moisseev qui deviendra un chien cocasse au deuxième acte, des cosaques...

Le couple de vieux est interprétée par Lioubov Filippova qui est à la fois attendrissante au premier acte quand elle danse une valse avec son mari et ridicule ce qu'il faut au deuxième acte quand elle est affublée d'un costume de Kitri et son mari Andrei Melanin est touchant dans son rôle de vieil amoureux !

Les deux rôles masculins permettent de confronter le brio du danseur noble qu’est Ian Godovski et le danseur de caractère, petit musclé mais très virtuose, même si tout n'est pas très lêché de Yuri Klevtsov. Par ailleurs, le premier campe une Sylphide hilarante au second acte avec maîtrise des pointes, sauts, des scènes parodiques mais jamais vulgaires.

Zina est interprétée par la douce Inna Petrova, même si elle est une jeune paysanne charmante, elle manque un peu de charisme, en plus elle pâtit de la virtuosité de Maria Alexandrova quand elles dansent ensemble. Par contre, elle est une ballerine légère dans son pas de deux avec Piotr sur la musique réutilisé par Norbert Schmuki pour son ballet Ad gag au deuxième acte ! Ratmanski a réglé d'ailleurs un superbe pas de deux où les deux danseuses à tour de rôle effectuent les mêmes exercices sensés rappeler les ballets classiques notamment Giselle, Paquita, …

Une fois encore, Maria Alexandrova montre l'étendue de son registre dans ce rôle double où elle nous gratifie même d'un solo masculin totalement crédible de par la vivacité et la légèreté de ces sauts Il ne faut pas oublier au premier acte, son manège de grands jetés à une hauteur incroyable et ses sautés rapides sur pointes, là aussi rappel des danses folkloriques ; De plus quelle musicalité et quelle grâce, sans oublier son jeu efficace, car si ce ballet est dansé c’est aussi beaucoup de théâtre, tous ses autres partenaires sont aussi à louer car ils n'en font jamais trop même dans les rôles de pure comédie.

Cette tournée du Bolchoï s'achève par le triomphe de la comédie et de l'auto-dérision. Un nom à retenir Maria Alexandrova, grande révélation de cette tournée et qu'on aimerait voir dans les grands rôles du répertoire en espérant qu'elle soit promue rapidement soliste principale.

Vivement la prochaine tournée du Bolchoï qui montre que malgré son évolution il sait garder son style !

 


Edited by Cathy

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