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Opera National de Paris

'Ivan le Terrible'

Par Catherine Schemm

Opéra Bastille – 6 janvier 2004

La relève est presque assurée !

L'Opéra a décidé comme l'année dernière de faire un parallèle entre le spectacle de fin d'année et la troupe invitée. Ainsi la saison passée, pouvions nous voir Sylvia de Neumeier à l'Opéra Bastille et Nijinsky par le Hambourg Ballet à l'Opéra Garnier. Cette fois-ci, l'expérience a été retentée, et pour honorer le Bolchoï, il a été ressorti des placards, après 25 ans d'oubli, Ivan le Terrible de Yuri Grigorovitch. Celui-ci fut pendant longtempts directeur de la célèbre troupe moscovite, qui commence sa tournée parisienne mercredi prochain. Si l'idée est bonne, autant faudrait-il que le ballet le soit, et malheureusement Ivan est un ballet daté, le plus souvent clinquant, soviétique dans sa conception, ses décors, ses costumes, son idéologie populaire, sa chorégraphie redondante et plate. De plus la partition de Prokofiev n'est pas la meilleure de son oeuvre, même si elle est admirablement jouée !

Avoir des idées de scénographie ne fait malheureusement pas le chorégraphe et si ici ou là quelques tableaux sont réussis comme la lamentation des femmes du peuple pendant la bataille, ou encore la scène de l'église, le résultat est toujours le même. Entre les grands mouvements du corps de ballet avec ses gestes répétitifs, accentués par les épées, les trompettes, lances et autres accessoires, s'interposent de virtuoses solos masculins et des adages aux portés audacieux et plus inventifs. Le tout forme un ensemble plus qu'ennuyeux malgré des solistes exceptionnels et on comprend que ce ballet n'ait pas été redonné depuis 25 ans !!!

Cependant en cette soirée du 6 janvier, l’ambiance dans la salle était électrique. Habitués et danseurs maisons se côtoyaient pour assister à l’événement de la série. En effet, pour la première fois depuis longtemps, les rôles principaux d'un grand ballet étaient confiés à une distribution entièrement composée de jeunes espoirs.

L'attraction principale était la distribution - alors qu'elle n'était encore que simple quadrille depuis à peine un an - de Mathilde Froustey dans le rôle d'Anastasia. A ses côtés, on allait pouvoir découvrir Stéphane Bullion, promu sujet l’an passé et qu'on avait pu déjà voir dans quelques rôles de solistes la saison passée, notamment dans Andreaauria d’Edouard Lock ou dans Emeraudes de Balanchine. Quant à Mathieu Ganio, fils de l'étoile Dominique Khalfouni et de Denys Ganio, danseur étoile des Ballets de Marseille, c'était son premier rôle de soliste depuis l'école de danse mais quel rôle. L'attrait de cette soirée était donc triple, et l'attente ne fut pas vraiment déçue.

Beaucoup à l’annonce de sa distribution doutait des capacités de Mathilde Froustey, promue coryphée entre temps, à danser le rôle d'Anastasia (rôle créé pour l'épouse de Yuri Grigorovitch, déjà âgée alors de 33 ans), à cause de son jeune âge et de son manque normal de maturité artistique. Ce fut malheureusement le cas, cette jeune danseuse toute fine, semble heureuse sur scène et sa technique est plus que correcte mais non exceptionnelle, elle possède de magnifiques grands jetés notamment. Toutefois elle ne véhicule pas encore la moindre émotion et se contente d'aligner les pas de manière scolaire avec des mouvements de bras beaucoup trop maniérés. Son attitude paraît trop hautaine pour le personnage et sans aucun réel changement, yeux mi-clos elle joue tout de la même manière et son Anastasia n'évolue pas, sauf peut-être dans le premier pas de deux du 2e acte, où elle s'abandonne un peu plus. Si elle a l'âge du rôle, elle n'en a pas encore les capacités artistiques et ne possède rien de plus extraordinaire que nombreuses de ses collègues du même âge. On se met même à rêver à d'autres jeunes danseuses dans le même rôle comme Myriam Ould Braham à la présence éclatante ou encore Charline Giezendanner, ravissante fiancée.

Stéphane Bullion propose une nouvelle vision d'Ivan radicalement différente de celle de José Martinez. On ne l'avait jamais vu dans un grand rôle technique et il se joue de toutes les difficultés avec brio, ampleur des sauts aux réceptions impeccables, vigueur, rapidité, musicalité. Tout y est, quant au jeu, s'il pâtit de sa partenaire dans les pas de deux, il se montre attentionné. Il est absolument extraordinaire dans son évolution, ivre de pouvoir au départ, il est le tsar qui veut régner, avoir tout le monde sous son joug. Dès qu'il pose les yeux sur Anastasia, son univers est bouleversé et on découvre un Ivan très humain, amoureux à la folie, pleurant désespérement sa bien-aimée à la mort de celle-ci,et après avoir été un bouffon fou de rage sous son masque, Stéphane se métamorphose, grâce à la force de son regard, à la puissance de sa gestuelle, il va devenir une bête qui fait peur. Ivan est devenu "terrible".

Si Stéphane montre qu'il faut compter sur lui dans le futur, la grande révélation de la soirée est Mathieu Ganio. Dire qu'il fut éblouissant est en dessous de la vérité, il allie tout ce qu'il faut à un futur très grand de la danse, noblesse de l'attitude par son élégance innée, ampleur des sauts et virtuosité, musicalité, et de plus un jeu incroyable et parfait en dépit de son jeune âge. Il passe de l'amour pour Anastasia à la haine pour Ivan de manière subtile. Il irradie la scène de sa présence solaire et n'est pas sans rappeler Manuel Legris au même âge. Il est certain qu'il sera étoile, et sans doute très vite.

Le corps de ballet sans doute galvanisé par la distribution de ces trois jeunes a été presque parfait ce soir et a donné une vie à ce ballet qui n'est de toute façon pas un chef d'oeuvre !

Si Mathilde Froustey n'est pas unique, ce n'est pas le cas de Stéphane et de Mathieu qui sont tous deux dignes de la grande école française avec le pur danseur noble et le danseur de caractère passionnant ! Dommage seulement qu'ils n'aient pas eu tous les deux des spectacles supplémentaires, car la relève masculine est assurée !

Edited by Cathy.

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