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Opera National de Paris

'Ivan le Terrible'

Par Valérie Beck

Opéra Bastille – 3 janvier 2004

Distribution : José Martinez (Ivan), Delphine Moussin (Anastasia), Karl Paquette (Kourbski)

Ce fut un grand moment !

Après toutes les critiques que j'avais lues, j'étais extrêmement impatiente de découvrir à mon tour ce curieux ballet. Je peux simplement dire qu'il m'a fait une très forte impression, et ce, grâce à l'interprétation magistrale de José Martinez J'ai eu les larmes aux yeux plus d'une fois. Il était totalement investi par Ivan.

Dès le début de l’œuvre, après que le rideau, très vite, (pas d'ouverture, le spectateur est projeté immédiatement dans le ballet) se soit levé sur les 6 sonneurs de cloche, qui se livrent à des acrobaties dansées qui rappellent un peu celle de Quasimodo, on voit apparaître Ivan sur son trône. En noir. José Martinez était tellement habité par son personnage hier soir que j'en ai eu des frissons dès les premiers instants : proche de la folie, mais encore contenue, son visage expressif attire immédiatement l'attention; on veut savoir : qui est-il? Que veut-il? Ivan disparaît derrière son trône, ne laissant apparaître qu'une main, puis réapparaît bizarrement, et commence ensuite à descendre les marches déployant ses longues jambes en une gestuelle inquiétante.

Toute la soirée, ce danseur halluciné, déploie à la fois une technique de danse parfaite, maîtrisée, flamboyante, virtuose mais jamais gratuite, et un sens du mime, de l'expression, forçant une émotion intense chez le spectateur. Son visage s'illumine seulement en présence d'Anastasia, émouvante et sublime Delphine Moussin à la silhouette superbe, aux bras déliés, aux gestes moelleux; cette danseuse est extrêmement musicienne et sa poésie intense parvient seule à adoucir Ivan. Elle aussi m'a émue aux larmes plus d'une fois, notamment dans sa scène de désolation, au début du premier acte, lorsque Ivan est parti au combat. Au début de l'acte 2, elle a si bien réussi a adoucir Ivan, que celui ci quitte ses noirs habits pour un vêtement blanc, comme celui de son épouse qu'il aime tendrement ( scène d'amour du début de l'acte 2) il quittera ce blanc vêtement pour revêtir ses noirs atours dès l'assassinat de celle ci. Sa destinée change elle aussi.

Une scène touchante et symbolique : la maladie d'Ivan. ( avant dernière scène de l'acte 1) Celui-ci se traîne misérablement tandis que Anastasia le soutient au sens premier du terme, l'aidant, de son long sceptre, à se redresser. Les portés sont étonnants, surtout l'un des tous premiers où se dessine fugitivement, tandis que Ivan a porté son choix sur Anastasia et la soulève verticalement, la croix orthodoxe.

Soviétique, oui, le ballet l'est ( !!!) surtout à cause de l'utilisation constante d'accessoires : épées, mouchoirs, bougies, drapeaux, cimeterres, lances, cordes, fouets, faux, et j'en oublie, les danseurs dansent constamment avec quelque chose dans les mains, ce qui induit une gestuelle autre que dans un ballet sans accessoires.

Toutes les scènes sont surprenantes : scène des sonneurs de cloche, qui changent de costumes au gré de l'intrigue, et rythment cette fresque de leurs acrobaties, et de leurs figures écartelées; fiancées avec leurs longues robes blanches et leurs mouchoirs, qui glissent comme les danseuses russes, scène de batailles, où les boyards, les tatars, les porte drapeaux, les visages de la mort, en différents groupes parfaitement orchestrés, traversent à toute allure la scène en sautant d'un bout à l'autre, scène de la douleur d'Ivan, après la mort d'Anastasia, où il reste allongé un long moment, seul en scène, sans bouger, tandis que le meilleur de lui même disparaît à cet instant; il réapparaît dans la scène suivante, cette fois ci plus cruel, plus ténébreux que jamais, avec son sceptre dans une main, un fouet dans l'autre, tandis qu'apparaissent ses gardes noirs munis de fouets, eux aussi, féroces.

Cette scène dégage une puissance extrême; scène dans l'église, où les contrastes noirs et blancs sont renforcés par des éclairages somptueux. Scène du bouffon, où sur des glissando de cuivres, Ivan déguisé en bouffon, avec un masque blanc qui fait plus peur que rire, raille les boyards qu'il va assassiner, en une pantomime qui met mal à l'aise par son aspect grotesque et féroce, tandis qu'à l'arrière scène, comme des figures d'un bas reliefs, trois autres bouffons singent les boyards.

Bref, le ballet entier m'a plu, mais parce que le mime, la pantomime, très expressionnistes, se mélange à une danse qui utilise des pas empruntés à différents folklores dont le georgien (beaucoup de sauts avec réceptions sur les genoux) tandis que les femmes ont une danse plus épurée, ce qui contraste avec l'aspect viril et guerrier des hommes.

Les décors sont sobres et servent d'écrin à des costumes "efficaces" Longs manteaux, tuniques transparentes, vêtements noirs d'Ivan où seuls la fantaisie de quelques pierreries apporte un peu de couleurs, vêtements plus barbares des Tatars. Peu de couleurs au total : noir, blanc, crème, tons pastels, sur fond de bois légèrement doré comme les cadres des icônes russes.

L'orchestre s'est montré à la hauteur : il m'a lui aussi, donné des frissons. Bref, effectivement, ce spectacle a un côté excessif et tourmenté, avec de nombreuses scènes de foules, qui alternent avec les solos d'Ivan, et d'Anastasia et de Kourbski dansé par Karl Paquette remplaçait Hervé Moreau). Celui-ci a une présence physique sur scène grandissante, et une technique qui s'affirme : il s'est lui aussi donné tout entier à son personnage) mais ce côté halluciné, extrême, passionné m'a profondément marqué au point que Ivan m'a hanté toute la nuit... Je regrette seulement de n'avoir pas pris de place pour le voir dans une autre distribution... je suis sûre que l'interprétation de Le Riche était toute autre et j'espère que j'aurais l'occasion de le voir.

En tous cas, une immense, immense salut à José Martinez que je découvre pour la première fois dans un rôle aussi tourmenté....

Edited by Cathy.

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