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Bolchoï à Paris

'La Fille du Pharaon'

Par Catherine Schemm

Palais Garnier, Paris - Représentation du 15 janvier 2004

Une fille kitsch mais triomphante

Depuis plusieurs années Pierre Lacotte s'est attelé à recréer les vieux ballets oubliés à partir de documents d'époques, de témoignages d'anciens danseurs ayant interprétés les ballets. Après la Sylphide, il s'est attaqué à Nathalie ou la laitière Suisse, la fille du Danube, plus récemment il a remonté l'ombre pour le ballet de Nancy, Paquita pour l'Opéra de Paris et naturellement cette Fille du Pharaon pour le Bolchoï S'il a retrouvé quelques variations originales comme celle de Ramzè à l'acte II, tout le reste n'est qu'invention à la manière de. Et cela est fort bien. C'est de la danse qui danse !

La Fille du Pharaon est un ballet de Marius Petipa inspiré de manière très lointaine du "Roman de la Momie" de Théophile Gautier. Celui-ci avait inspiré naturellement Giselle ! Ici l'argument est simple, plongé par une drogue dans l'inconscient un jeune anglais se retrouve transporté dans l'Egypte pharaonique. L'argument riche en rebondissements permet de nombreuses scènes de danses ! La musique de Pugni n'est pas équivalente à celle de Tchaïkovsky, elle ne vaut sans doute même pas celle de Minkus, mais offre quelques jolis numéros comme la variation de Ramzé au deuxième acte et certains passages évoquent les royaumes des ombres comme la harpe qui signale l’ouverture des tombeaux au premier acte. Quant aux décors, ils sentent le carton pâte mais qu'importe ! L'Egypte telle qu'on la représentait à l'époque est là sous nos yeux avec ses reconstitutions de temple, de désert, de tombeaux. Par contre les costumes signés Pierre Lacotte également sont magnifiques, que ce soient les tutus d'Aspicia, ou la superbe robe fourreau de Ramzè.

Curieusement le ballet est un mélange de Bayadère par son faste et quelques détails comme les négrillons qui accompagnent la variation de Ramzé, d'Excelsior, notamment dans les scènes du désert qui évoquent celle du Simoun, de Napoli avec la séquence dans le Nil. Certains passages sont à la limite du grotesque telle l'arrivée d'un singe pendu à une liane, la fuite d'un lion dont on aperçoit le museau hirsute, ou le cobra sacré qui agite sa tête, mais il y a aussi le fastueux avec le traditionnel défilé si cher à Petipa au 2e acte, ou encore l'arrivée de Pharaon dans son char tiré par un vrai cheval, un rien nerveux !

Le ballet permet ainsi de découvrir de nombreux solistes féminines et masculins. Les danseurs du Bolchoï ont évolué, depuis la dernière tournée parisienne, physiquement et techniquement. Les hommes sont plus fins, plus élégants, plus dans la lignée de Vladimir Vassiliev ou d'Andris Liepa, moins dans celle d'Irek Mouchamedov ou de Yuri Vassyutchenko. Les réceptions sont bien terminées, on voit des cinquièmes collées, ils sont élégants, musicaux, et ont toujours de belles qualités athlétiques. Quant aux filles, leurs jambes sont totalement tendues, et leurs pieds sont plus travaillés.
Le style du ballet est très français, et l'ensemble fait beaucoup penser à Paquita ou à la Sylphide, avec ses variations virtuoses où le corps de ballet fait écho aux solos en reprenant certains pas ou d’autres comme une sorte de choeur. Malgré les difficultés stylistiques, les danseurs semblent à l'aise dans ce répertoire qui n'est pas le leur, par contre ils semblent souffrir du manque d’espace de la scène.

La première de la fille nous permettait de découvrir dans le rôle d'Aspicia, Svetlana Zakharova. Celle-ci est à la fois émouvante et royale, sèche et lyrique. Elle allie une technique impeccable, à une musicalité parfaite, sa variation dans le Nil est magnifique de poésie avec ses ralentis, ses équilibres, sa retenue. Elle enchaîne difficultés sur difficultés, variations sur variations avec la même facilité, la même décontraction, elle semble à l'aise dans toutes les subtilités de la chorégraphie de Pierre Lacotte qui n’est qu’une succession de petits pas virtuoses et rapides. Elle nous gratifie de superbes fouettés au second acte avec une magnifique jambe tendue à la seconde.

A ses côtés Dimitri Belogolovtsev campe un Taor plein de fougue, sa technique est quasi impeccable, magnifique variation enchaînant pas de bourrée jetés et doubles assemblés, ou encore la diagonale d'entrechats qui n'est pas sans évoquer la Sylphide. Il se montre un partenaire attentif, même si la synchronisation n'est pas tout à fait parfaite dans certaines codas ! Mais quel beau danseur !

Maria Alexandrova est une Ramzé pétillante, elle irradie littéralement sur scène, quelle présence. Elle allie technique, charme et musicalité ! Quelle jolie variation au deuxième acte conclue par une triple pirouette si facile, ou quels magnifiques grands jetés au premier. La vraie révélation de cette tournée ! Gennadi Yanin dans son rôle de faire valoir de Taor est un brillant danseur de caractère, et ses variations sont elles aussi parfaitement dansées avec tout le brio nécessaire et au jeu parfait.

Dans les différents rôles de solistes on peut noter la perfection de Denis Medvedev dans le pas de huit du deuxième acte, qui n'est pas sans rappeler le pas d'action de la Bayadère entourés notamment des charmantes Anastasia Yatsenko et Anastasia Goriatcheva aux variations subtiles et pleines de finesses.

Au troisième acte, on remarque le couple de pêcheurs et notamment Inna Petrova en femme et Dmitri Goudanov, jeune danseur prometteur en pêcheur. On retrouve la pure veine Petipa dans le divertissement « blanc » du Nil avec le monde aquatique et son éclairage subtil qui rend à merveille idée du fond du fleuve, et ses dryades, naïades et ondines qui bougent délicatement les mains. Naturellement, il y a les traditionnelles variations dévolues à trois danseuses évoquant de grands fleuves et qui permettaient à Petipa de faire rêver en apportant ces fameuses touches d’exotisme « bon enfant ». Anastasia Yatchenko est un Quadalquivir à la danse espagnole pleine de peps, Ekaterina Shipulina un Congo, plus classique qu'exotique dans sa facture, mais charmant, par contre Elena Andrienko est une Neva très froide ! Ce pas de trois n’est pas sans évoquer celui des Odalisques dans le Corsaire, notamment la coda avec les diagonales de brisés enchaînés !

Le corps de ballet n'est pas en reste et est tout le temps employé, et les ensembles sont parfaits, toutefois la chorégraphie n'est pas très gratifiante à son égard, en effet il sert généralement plus de faire valoir aux différents solistes. Si les danses de la chasse sont pleines de fougues, celles du palais sont un peu plus brouillonnes, mais cela est surtout dû à la chorégraphie. Les danseurs semblent heureux d'être sur scène, et on admire leur ensemble notamment dans la danse des crotales au dernier acte. On admire particulièrement les danseuses aux bras souples, aux jambes fines, aux dos moelleux. Il est curieux aussi de constater avec quelle facilité toutes les danseuses - du corps de ballet à la soliste principale – lèvent leur jambe en six’o clock parfaites mais sans rechercher un effet facile ou font de superbes grands jetés à 180°, sans aucun problème !

Bref une soirée enchanteresse, malgré un kitsch certain mais emballant.

Edited by Jeff.

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