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Bolchoï à Paris

'Le Lac des cygnes'

Par Caroline Chouard

Palais Garnier – Représentation du 10 janvier 2004

Odette /Odile : Anna Antonicheva - Siegfried: Ruslan Skvorstov- Le mauvais génie: Dimitri Belogolovtsev –Pas de trois : Elena Andrienko, Maria Alexandrova

Certains font le concours des 5èmes loges, et bien moi j’ai fait pareil pour le Bolchoï… Je ne sais pas si mes impressions s’en sont ressenties mais je ne crois pas que j’aurai plus aimé la version du Lac de Grigorovitch du parterre.

J’ai essayé de m’interdire de comparer l’ensemble avec « notre » version, mais malheureusement je n’ai pas pu m’en empêcher ; et surtout lors des nombreux moments d’ennui, mon esprit s’est souvent délecté des sublimes de « notre » Lac, si symphonique. Peut-être éloignés des intentions de Petipa et Ivanov, mais sublimant tellement la magnifique partition, la fibre dramatique de l’histoire, l’imaginaire.

Chez Grigorovitch, l’histoire ne semble qu’un prétexte ; on est très loin des débordements freudiens de Noureev. Et du coup son Lac ne devient qu’un simple divertissement, un simple conte de fées qui ne permet pas d’élever les sens.

Des efforts sont cependant faits mais ils ne m’ont pas touchée. Des cygnes noirs, pourquoi pas ? mais pas en interrompant la progression dramatique de l’acte III. D’autres idées sont bonnes, notamment confier chaque danse de caractère à une fiancée ou les poses d’Odette à l’acte IV en cygne blessé. Mais ces idées sont trop rares et non assorties de pas intéressants (pour les danses de caractère surtout). Les danses sont par ailleurs très lentes, les pas rares ou répétés ; pas de virtuosité gratuite mais pas de musicalité non plus.

Bref je n’ai jamais réussi à m’évader dans cette version. Et les affreux costumes n’aident pas. Non pas du point de vue des formes (tutus à cerclettes des cygnes, tutus mi-longs des filles au I et III), je crois que c’est une question d’habitude, mais du point de vue des couleurs ( le canari des tutus du Pd3 !) et des tissus, là ça ne passe pas pour moi .

Heureusement que le corps de ballet féminin sauve haut la main toute la soirée. Je n’ai pas trop vu les hommes peu exploités, mais ce que j’en ai deviné semblait honnête. Le bouffon, Morikhiro Iwata, avait une bonne technique mais un peu brouillonne.

J’ai trouvé les filles magnifiques, très femmes aux I et III, très humbles aux actes blancs. Bras moelleux, dos souples, ensembles impeccables ; un régal pour les yeux. Les quatre petits cygnes étaient à la perfection. Les trois grands très bien ; j’ai particulièrement remarqué la fille du centre (Ekaterina Shipulina) qui multipliait les qualités.
Maria Allash en hongroise m’a parue trop froide ; Olga Suvorova une danseuse russe pleine de fraîcheur ; Anastasia Yatsenko piquante napolitaine et Marianna Ryzhkina malheureusement ailleurs. Dans le pas de trois, Elena Andrienko était bien mais un peu timide.

Et surtout, que dire de Maria Alexandrova ? Mon coup de cœur de la soirée. Belle, très beau physique, toute pleine d’esprit et de féminité, technique intelligente et simplicité : que demander de plus ? Elle donne tout son intérêt au pas de trois en l’émaillant de détails spirituels. En espagnole, rôle secondaire, elle nous offre une prestation d’un grand professionnalisme : très impliquée, jouant à fond le jeu et se permettant deux magnifiques équilibres bien que perdus dans toute une scène d’action: l’un devant la reine, comme pour la séduire, l’autre vers Siegfried J’ai vraiment hâte de la revoir en Aspicia.

Par contre, je n’ai pas du tout apprécié l’Odette-Odile d’Anna Antonicheva. Moi qui n’aime pas trop l’exubérance des danseurs russes, je ne devrais pas me plaindre.

Mais l’absence d’expression aux actes blancs ou alors juste un regard glacial et figé, ça ne peut pas me plaire. Il est vrai que Grigorovitch a supprimé la pantomime. Mais même sans elle, je crois qu’il n’est pas illégitime de chercher à ce que soit exprimée par l’étoile, sa royauté, son amour pour Siegfried, ses espoirs, son abandon au destin, sa souffrance. Je n’ai rien vu de tout ça et jamais elle ne m’a émue. Elle était un peu plus crédible à l’acte III mais sans grande subtilité ni machiavélisme. Du coup les pas de deux m’ont profondément ennuyé.

Et au niveau technique, elle assurait mais de façon très sèche, avec les inévitables six’o clock (hanche décalée évidemment) et je n’ai pas aimé ses fouettés ( traditionnels, pas « à la russe »). Je suis très critique et le rôle est affreusement difficile, mais quand je repense avec extase à Zakharova à Paris l’année dernière ou à tant d’autres, j’ai du mal à être moins sévère .

Son Siegfried (Ruslan Skvortsov) m’a beaucoup touchée. Son interprétation n’était sans doute pas très personnelle ni très fouillée mais il était sincère, pas du tout arrogant. Et surtout une grande élégance, beaucoup de générosité ; même malgré quelques imperfections dues à son trac visible et à sa volonté de bien faire. Il m’a un peu rappelé Hervé Moreau dans ce même rôle en fait.

Dimitri Belogolovtsev ne m’a guère marquée ; ni en bien ni en mal. Mais il faut dire que le rôle est très mal traité par Grigorovitch. Ses apparitions ne me semblent pas assez soignées au niveau narratif. Dommage. La photo de Tsizkaridze de la plaquette de l’année de l’Opéra m’avait laissé espérer un rôle plus intéressant.

Bref une première impression du Bolchoï somme toute plutôt positive. Mais quel dommage que les danseurs ne soient pas mis en valeur par une version à la hauteur de leur talent … (mais pour le coup, pas celle de Noureev, trop « française » en fait !).

Edited by Cathy.

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