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Bolchoï - "Le Lac des Cygnes"

Une leçon de style!

Par Jean-Luc Donay

Représentation du 7 janvier 2004 -- Palais Garnier/London

Distribution : Svetlana Zakharova (Odette/Odile), Andréï Ouvarov (Siegfried) et Dimitri Belogolovtsev (Le Mauvais Génie).

Ballet dans la plus pure tradition classique russe, le Lac des Cygnes vit le jour au Théâtre Bolchoï en 1877 mais sous de mauvaises augures (malgré la très belle musique de Tchaïkovsky) à cause d'une chorégraphie insignifiante de Reisinger. Il fallut attendre l'intervention de Marius Petipa et Lev Ivanov en 1895 au Théâtre Mariinsky pour que ce ballet puisse atteindre la notoriété qu'on lui connait aujourd'hui.

La "nouvelle" production de Y. Grigorovitch de 2001 - nouvelle, pas tant que ça! Les décors, les costumes sont identiques à la création de 1969, et la chorégraphie identique pour 90%. Il est donc évident que certains éléments dans la mise en scène datent quelque peu même si certains costumes restent très beaux quand même.
Les changements scénographiques que j'ai pu noter dans la production présentée ce soir (2001) concernent l'entrée d'Odile, placée au milieu des 24 cygnes, tous réunis au centre de la scène derrière un rideau symbolisant la dualité Cygne Blanc/Cygne Noir. Ce premier changement enlève toute la magie de l'entrée d'Odette et surtout celle de l'entrée des cygnes, qui dans la version Ivanov (ou Noureev) est plus intéressante. En effet, pour la première fois dans le spectacle, on découvre les cygnes, et l'idée très belle de découvrir le Corps de Ballet petit à petit est plus forte que de le présenter d'un seul coup.

Le deuxième changement concerne la fin du ballet : Grigorovitch a voulu une fin triste où Odette est tuée par Le Mauvais Génie. Je suppose que la version de 1969 (avec fin heureuse pour les amoureux) correspondait mieux à l'idéologie soviétique....?
Sinon, la scénographie est beaucoup plus "simple" que la production de Noureev. Il n'y a pas de précepteur se substituant à Rothbart, mais un Mauvais Génie. On se demande simplement si ce dernier existe réellement ou seulement dans l'imagination du Prince.

Svetlana Zakharova (Odette/Odile) qui était déjà venue danser à l'Opéra de Paris en 2002 la version de Noureev aux côtés de Jean-Guillaume Bart, campe une Odette qui, ce soir, fut excellente, spécialement dans les Adages. Elle possède de très beaux ports de bras, de jolis cambrés et un maintien du buste qui nous rappelle plus la danse du Mariinsky que celle du Bolchoï. Néanmoins, elle présente une Odette touchante, toute en douceur et très lyrique.

Comme à Paris, son Cygne Noir ne m'a pas convaincu beaucoup. Dans la production de Grigorovitch, il y a un pas-de-trois entre Odile, Siegfried et Le Mauvais Génie inséré juste avant le Cygne Noir.
Ce pas de trois se déroule dans une atmosphère plutôt intimiste comme si le temps s'était suspendu. Ici Svetlana Zakharova fut très bonne, ayant (ce soir) pris le parti d'être à la fois grave et hautaine. En revanche, le traditionnel Cygne Noir fut d'une arrogance exacerbée, alternant avec des intentions très aguicheuses (même à l'attention du public, ce qui m'a plutôt amusé !). Mais ce que je veux dire, c'est que dans cette partie, elle ne semble pas totalement à son aise sur le plan dramatique et de fait, j'ai l'impression qu'elle en fait un peu trop. Sur le plan technique, rien à redire, elle est parfaite tout au long du ballet. Un seul bémol pour la manière dont elle exécute ses fouettés, mais lancés à une vitesse vertigineuse...

A ses côtés Andréï Ouvarov (Siegfried) campe un prince très élégant et raffiné, par moments pas très concerné, mais dans l'ensemble son jeu m'a plutôt convaincu. Sa technique est propre mais il n'est pas un danseur "spectaculaire". J'ai aussi eu l'impression qu'il se sentait "à l'étroit" sur le plateau de Garnier, mais cela devrait s'améliorer au cours des représentations.

L’interprétation de Dimitri Belogolovtsev en Mauvais Génie n'est pas inoubliable. Les intentions sont très fortes, mais je ne sais pas pourquoi, il ne m'a pas convaincu (manque de présence?). Sa danse est assez énergique, ce qui est plutôt bienvenu, et malgré tout, le pas de trois et l'équilibre avec Zakharova et Ouvarov fonctionne. Je pense que ce rôle demande beaucoup de force et de sauts, et quelqu'un comme Nikolaï Tsiskaridzé aurait du être très supérieur, même si D. Belogolovvtsev s'en sort très correctement.

Gennadi Yanin (Le Bouffon) est un petit danseur de semi-caractère possède un physique râblé avec de très beaux et grands sauts et une vitesse d'éxécution appropriés à ce rôle. Sensé amuser le Prince, celui ci lui tend même la main quand les fiancées se présentent au Prince et qu'ils les a toutes refusées...

Au premier acte, le pas-de-trois est dansé avec le Prince. La chorégraphie très différente de celle de Petipa/Noureev apporte une certaine légèreté insouciante, peut-être le signe d'un Prince pas encore tourmenté.
Maria Allash en 1ère variation ne m'a pas ébloui, je l'ai trouvée crispée comme tout. Certes sa danse est belle, mais quand on vient de voir l'apparente décontraction des membres du Corps de Ballet, ca fait un sacré décalage.
Maria Alexandrova m'a par contre beaucoup plu, elle danse avec facilité, vivacité, propreté et avec un sourire désarmant !

Au troisième acte, dans le divertissement, les Fiancées venues de pays différents se substituent aux traditionnelles danses de caractère qu'on voit dans la version du Mariinsky ou de l'Opéra de Paris (Noureev).
En tout les cas, j'ai été frappé par "la leçon de style" qu'elles montrent toutes lors de leurs arrivées au début du 3ème acte. Le port de tête, les intentions des regards, le buste, tout fut très très juste. Maria Allash en danse Hongroise ne m'a pas convaincu pour exactement les mêmes raisons que dans le pas de trois du 1er acte... Olga Suvorova en danse Russe fut (pour moi) extraordinaire sur le plan du style. Une variation où tout se passe au niveau des bras, du port de tête et du buste... Un ravissemen t!
Maria Alexandrova en danse Espagnole nous a offert une variation très juste également, dynamique, enjouée, avec une retenue très subtile qui nous fait comprendre qu'il s'agit d'une jeune aristocrate et non de Kitri ! Anastasia Yatsenko en danse Napolitaine fut charmante, très souriante comme à son habitude, en gardant à la fois un côté très simple et très élégant. Ekaterina Shipulina en Mazurka m'a un peu moins convaincu. Je l'ai trouvée bien sur le plan technique, mais un peu tendue.

Bien que parfois un peu approximatif comparé au Ballet de l'Opéra de Paris, la compagnie est tout de même de haut vol, il n'y a pas de doute! Certains éléments un peu jeunes dans les actes blancs ont déjà des bras corrects, mais les éléments plus agés (toute proportions gardées bien entendu!!) montrent un style incomparable. On voit que le travail du dos, des épaules et des bras ne s'acquiert pas en deux minutes; il est très difficile de posséder ce style-là et je dois dire que c'est en cela qu'est la force de cette compagnie. Une autre chose aussi que j'apprécie beaucoup est le sourire, présent sur toutes les lèvres de la compagnie (enfin presque toutes) et cela apporte un caractère inestimable à l'interprétation des 1er et 3ème actes. Par ailleurs, j'ai été heureux de constater une fois encore que le travail des pieds est plus propre qu'il y a 10 ans...

L'orchestre Colonne dirigé par Alexandre Vedernikov a été d'une platitude extrême, nous gratifiant d'un manque d'ensemble par moments, ce qui est très dommage quand on connaît la sonorité et la qualité de l'orchestre du Bolchoï.

En conclusion, une très belle soirée pour moi, soirée où la salle fut comble, un succès indéniable pour la compagnie, évidemment potentialisé par la présence de Svetlana Zakharova.

 

Edited by Cathy

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